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Par Abah Anthony John

Abuja, 01 mars, 2026 / 9:55 (ACI Africa).

Le président sortant de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria (CBCN) a exhorté le gouvernement dirigé par le président Ahmed Bola Tinubu à soutenir directement les agriculteurs afin de lutter contre la hausse des prix des denrées alimentaires, plutôt que de compter sur les importations alimentaires.

S’adressant à ACI Afrique en marge de la première assemblée plénière de la CBCN à Abuja, l’archevêque Lucius Iwejuru Ugorji a averti que les importations excessives nuisent aux agriculteurs locaux et affaiblissent la sécurité alimentaire nationale.

« Nous désapprouvons l’intervention qui consiste à importer des denrées alimentaires afin de faire baisser leur prix. Nous pensons plutôt que le gouvernement devrait encourager les agriculteurs en leur accordant des subventions, comme c’est le cas dans la plupart des pays », a déclaré Mgr Ugorji lors de l’interview accordée à ACI Afrique le mercredi 25 février.

Il a expliqué que les subventions permettraient aux agriculteurs d’acheter des engrais, du matériel et d’autres intrants essentiels à moindre coût, ce qui leur permettrait de produire et de vendre des denrées alimentaires à des prix plus abordables.

« S’ils produisent à bas prix, ils vendront également à bas prix », a déclaré l’ordinaire local de l’archidiocèse d’Owerri, ajoutant que la stabilisation des prix grâce à une production locale durable est préférable aux politiques qui découragent les investissements dans l’agriculture.

Le dirigeant de l’Église catholique a reconnu les préoccupations des personnes à faibles revenus qui se réjouissent de la baisse des prix des denrées alimentaires, mais a insisté sur le fait que ne pas protéger les agriculteurs ne ferait que « repousser l’échéance », soulignant que l’affaiblissement de la production agricole pourrait entraîner une aggravation des pénuries alimentaires à l’avenir.

Réfléchissant à la situation économique difficile du Nigeria, le président sortant de la CBCN a dénoncé le paradoxe d’une nation riche en ressources dont les citoyens restent pauvres.

Il a souligné que l’exploitation minière illégale et le trafic de pétrole étaient les principales sources de perte de revenus, notant que ces deux activités entraînaient chaque année des pertes de plusieurs millions de dollars, ce qui, selon lui, alimentait l’insécurité.

Tout en reconnaissant que les réformes minières fédérales constituent un pas dans la bonne direction, il a appelé à l’utilisation complémentaire des technologies modernes pour sécuriser le secteur et garantir la transparence.

« La richesse générée par nos ressources naturelles ne se traduit pas par la prospérité pour la majorité », a déclaré Mgr Ugorji, qualifiant la pauvreté et les difficultés généralisées d’inacceptables dans un pays doté de ressources abondantes.

Mgr Ugorji s’est également dit préoccupé par l’apathie croissante du public à l’égard des élections, qui se manifeste par une baisse du taux de participation.

Citant des statistiques, il a observé que la participation électorale était passée de 69 % en 2003 à 23 % en 2023, et à seulement 7 % lors des récentes élections dans le territoire de la capitale fédérale.

« Cela s’explique en partie par le fait que les électeurs n’ont plus confiance dans le processus électoral. Ils ont le sentiment que leur vote ne compte pas », a déclaré l’archevêque catholique.

Afin de rétablir la confiance du public, il a exhorté l’Assemblée nationale à revoir sa position sur les réformes électorales et à garantir la transmission électronique des résultats électoraux en temps réel des bureaux de vote aux centres de dépouillement, sans intervention humaine.

Père Paul DAH