Deus Caritas Est à vingt ans : Caritas comme catalyseur d’amour, de service et de transformation sociale en Afrique
Abidjan, Côte d’Ivoire — du 16 au 21 mars 2026
NOTRE REUNION
Nous, Cardinaux, Archevêques et Évêques, Présidents des Conférences épiscopales et des Caritas nationales, Directeurs de Caritas, représentants des congrégations religieuses, professionnels laïcs et partenaires au service de la charité, réunis à Abidjan, en Côte d’Ivoire, du 16 au 21 mars 2026, sous le thème : « 20 ans de Deus Caritas Est : Caritas comme catalyseur d’amour, de service et de transformation sociale en Afrique », venant de 46 pays d’Afrique et d’ailleurs, rendons grâce à Dieu qui nous a rassemblés comme une seule famille dans un esprit de discernement, de communion fraternelle et d’engagement missionnaire renouvelé.
Ce rassemblement est le quatrième d’une série de commémorations continentales de Deus Caritas Est, après Mumemo (2010) sur « Une nouvelle Pentecôte pour l’Afrique », Kinshasa (2012) sur « Identité et mission de Caritas à la lumière de Deus Caritas Est » et Dakar (2017) sur « Organiser le service de la charité en Afrique : le rôle des évêques ». Nous réaffirmons dans leur intégralité les déclarations adoptées dans ces différentes rencontres. Abidjan ne recommence pas ; elle prolonge.
Ensemble, nous avons étudié les trois textes magistériels qui forment un unique développement théologique : Deus Caritas Est (2005), qui affirme que la charité appartient à la nature même de l’Église ; Intima Ecclesiae Natura (2012), qui en explicite les implications structurelles et canoniques ; et Dilexi Te (2025), qui appelle l’Église à une expression toujours plus courageuse et totale de l’amour. Ensemble, ils affirment : Caritas n’est pas une mission optionnelle. Elle est constitutive de l’identité de l’Église, aussi fondamentale que l’annonce de l’Évangile et la célébration des sacrements.
Nos délibérations ont été animées par la méthode de la Conversation dans l’Esprit, inspirée du processus synodal reçue non comme une simple technique, mais comme un engagement ecclésiologique fondé sur la conviction que l’Esprit Saint parle à travers tous les baptisés, en particulier ceux qui vivent dans les contextes les plus fragiles. Il nous a été rappelé que l’écoute est le premier acte de justice.
Nous remercions le Saint-Père, le Pape Léon XIV, pour la lumière magistérielle de Dilexi Te et pour sa sollicitude paternelle envers l’Afrique. Nous remercions l’Église catholique en Côte d’Ivoire pour le témoignage d’une Caritas vivante et active. Nous exprimons notre gratitude au Gouvernement de la Côte d’Ivoire pour son accueil et sa présence, signe d’un engagement réel et durable de l’État aux côtés de la mission de développement humain de l’Église. Nous remercions également les cent vingt-neuf 129 délégués pour leur participation active et leurs contributions.
NOTRE FOI
Vingt et un ans après la publication de l’encyclique Deus Caritas Est, nous affirmons avec une conviction renouvelée : l’Église est charité. Caritas jaillit du cœur de l’Église comme l’eau jaillit du côté du Christ, atteignant ceux qui sont paralysés aux marges de nos sociétés et leur disant : « Lève-toi, prends ton grabat et marche » (Jn 5,8). Faire Caritas, c’est voir la Trinité : dans chaque acte authentique d’amour envers les pauvres, se rend visible le visage d’un Dieu qui est amour.
Nous célébrons ces vingt années avec reconnaissance. Les témoignages partagés d’Éthiopie, de Zambie, du Mozambique, du Tchad, de l’Ouganda, d’Afrique du Sud, de Gambie, du Niger, d’Eswatini, de Côte d’Ivoire et bien d’autres confirment que l’Église est en marche, « résolument engagée au service de tout homme et de tout l’homme » (Populorum Progressio, 14), présente dans des contextes éloignés et fragiles où peu d’autres peuvent intervenir, et souvent seule institution stable.
Nous devons parler avec vérité. Les richesses naturelles, la vitalité spirituelle et l’énergie de la jeunesse en Afrique coexistent avec la pauvreté, les conflits et l’exclusion, qui ne sont pas accidentels mais structurels. La corruption qui traumatise les populations est souvent perpétrée par des hommes et des femmes eux-mêmes chrétiens et en position de pouvoir. Les ressources naturelles sont exploitées dans des conditions qui ne servent ni les communautés ni les États. Les budgets humanitaires internationaux ont été réduits de 90 milliards de dollars par an alors même que les besoins augmentent et que le monde consacre 3 600 milliards de dollars à la défense. Dans ce contexte, Caritas n’est pas seulement un « éteignoir d’incendies » ; elle est une forme de résistance prophétique, « maintenant la lumière dans l’épaisseur des ténèbres ».
Nous accueillons Dilexi Te comme un appel particulièrement actuel. « Les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique pour les chrétiens, mais la chair même du Christ » (n°110). « Le chrétien ne peut considérer les pauvres seulement comme un problème social : ils sont une ‘affaire de famille’ ; ils sont ‘les nôtres’ » (n°104). « C’est en se penchant pour prendre soin des pauvres que l’Église adopte sa posture la plus élevée » (n°79). L’amour ne se mesure pas à l’intention, mais à son impact.
NOTRE ENGAGEMENT
- Réaffirmer l’identité ecclésiale de Caritas. Caritas agit in nomine Ecclesiae. Nous veillerons à ce que toutes les organisations Caritas, à tous les niveaux, national, diocésain et paroissial disposent de statuts et de structures de gouvernance qui rendent cette identité visible et effective.
- Résister aux dérives institutionnelles et à la colonisation idéologique. La compétence professionnelle est nécessaire et exigée par la dignité de ceux que nous servons ; elle n’est jamais suffisante sans une formation du cœur (Deus Caritas Est, n°31). Nous protégerons Caritas contre sa réduction à une simple gestion de projets, aux cadres logiques et aux exigences des bailleurs, au détriment de ses dimensions pastorales, spirituelles et prophétiques.
- Assumer pleinement notre responsabilité de pères et mères de la charité. Nous, évêques d’Afrique, réaffirmons que notre responsabilité pour le service de la charité est personnelle, canonique et non délégable. Nous nous engageons à accompagner Caritas avec proximité pastorale, à l’intégrer dans nos plans pastoraux diocésains, et à assumer publiquement notre rôle de premiers artisans et fidèles intendants de la charité dans nos Églises (Mt 24,45 ; Tt 1,7).
- Renforcer la gouvernance et la redevabilité institutionnelle. Nous adopterons des textes constitutifs adéquats, nommerons des personnes compétentes et aptes, intégrerons l’expertise des laïcs dans les organes de gouvernance, réaliserons des évaluations périodiques de la santé organisationnelle, et garantirons une gestion transparente des ressources qui appartiennent en premier lieu aux pauvres. Nous encourageons le renforcement de Caritas en priorité au niveau diocésain, car c’est à la base que tout commence.
- Faire des pauvres de véritables acteurs. « Rien pour nous sans nous. » Nous continuerons à mettre en place des mécanismes formels structures consultatives, cycles de projets participatifs et espaces de discernement communautaire qui donnent aux personnes vivant dans la pauvreté une réelle autorité et une voix dans les décisions qui les concernent. Les pauvres possèdent « une intelligence particulière, indispensable à l’Église et à l’humanité » (Dilexi Te, n°82) ; Caritas doit disposer des systèmes organisationnels et des compétences nécessaires pour le permettre.
- Enraciner la culture synodale au sein de Caritas à tous les niveaux. Nous intégrerons la Conversation dans l’Esprit et l’écoute synodale dans la vie interne de Caritas : dans les réunions des conseils, les réflexions d’équipe, les comités paroissiaux, la planification diocésaine et l’évaluation des programmes. La manière dont Caritas écoute et décide est une question ecclésiologique, et non seulement organisationnelle.
- Investir dans une formation intégrale : le cœur et l’intelligence. Nous entreprendrons des actions concrètes pour intégrer pleinement Deus Caritas Est, Intima Ecclesiae Natura et Dilexi Te dans la formation des prêtres, des religieux et des laïcs. Les séminaires, maisons de formation et universités catholiques doivent considérer la doctrine sociale et caritative de l’Église comme essentielle, en unissant compétence professionnelle et conversion intérieure.
- Construire l’autonomie financière et la mobilisation des ressources locales. Une Caritas entièrement dépendante des financements externes ne peut être libre dans ses priorités ni dans sa voix prophétique. Nous considérons que la mise en place de mécanismes durables de mobilisation des ressources locales est un impératif, notamment à travers les collectes paroissiales de solidarité, les structures diocésaines de développement, les temps liturgiques de partage et la coopération Sud-Sud. L’autonomie n’est pas seulement un objectif financier ; elle est aussi théologique, enracinée dans le témoignage de l’Église primitive où « nul ne manquait du nécessaire pour vivre dignement » (Ac 4,34).
- Renforcer notre voix prophétique face aux injustices structurelles. Nous nous engageons à mener des actions de plaidoyer sur les causes structurelles de la pauvreté : la corruption, le pillage des ressources naturelles, les systèmes qui entretiennent la pauvreté comme stratégie de pouvoir, et la réduction drastique des financements humanitaires internationaux. La praxis de Caritas s’inscrit dans la logique de la iustitia. Nous renforcerons nos Commissions Justice, Paix et Développement et développerons des stratégies communes de plaidoyer aux niveaux national, sous-régional et continental.
- Assurer l’inclusion et le leadership des femmes et des jeunes. Nous nous engageons à passer résolument d’une approche où les femmes, les jeunes et les personnes vivant avec un handicap sont des bénéficiaires, à une approche où ils deviennent des acteurs de leadership et de gouvernance. L’expérience montre que les femmes portent une forte crédibilité morale et un capital relationnel essentiel dans les communautés, les rendant irremplaçables dans la consolidation de la paix et la guérison sociale. Les jeunes ne sont pas l’avenir de l’Église : ils sont l’Église aujourd’hui. Nous créerons des espaces structurels réels pour leur participation dans tous les organes de gouvernance et de décision de Caritas.
- Renforcer une solidarité continentale directe et durable. La souffrance d’une partie de l’Église en Afrique doit concerner toutes les autres. Nous renforcerons les mécanismes de solidarité directe entre Caritas sur le continent et appelons Caritas Africa à maintenir un fonds continental de solidarité pour les réponses d’urgence.
- Mettre en œuvre la Directive de collaboration SECAM–Caritas Africa. Nous approuvons formellement et nous engageons à donner une expression opérationnelle concrète à la Directive pour le renforcement de la collaboration entre le SECAM et Caritas Africa, signée à Accra le 14 février 2025 à travers des plans d’action conjoints, un plaidoyer partagé et la mise en place du Comité de coordination prévu. L’unité des instruments socio-pastoraux de l’Église est en elle-même un témoignage de l’Évangile.
- Intégrer le soin de la création dans la mission de Caritas. Le cri de la terre et le cri des pauvres sont inséparables (Laudato Si’, 49). Nous intégrerons l’enseignement de l’Église sur l’écologie intégrale dans les programmes de Caritas, les plans pastoraux diocésains et la formation de tout le personnel Caritas, et porterons la voix des communautés africaines les plus vulnérables au changement climatique dans le plaidoyer continental et mondial.
CONCLUSION
Nous quittons Abidjan renouvelés dans la foi, dans la communion fraternelle et dans la conviction que Caritas Africa porte en elle tout ce dont elle a besoin : la tradition vivante de l’Église, la sagesse de ses peuples et l’amour inépuisable d’un Dieu qui n’abandonne pas les pauvres.
« N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3,18).
Que la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, intercède pour nous.
Fait à Abidjan, en Côte d’Ivoire le 21 mars 2026
- DECLARATION FINALE DE LA CONFERENCE CARITAS AFRICA SUR DEUS CARITAS EST - 20 mars 2026
- Léon XIV en Afrique, le programme de son voyage publié - 18 mars 2026
- Les membres de la Conférence Régionale des Supérieurs Majeurs d’Afrique de l’Ouest (RECOMSWA) et de l’Union Africaine des Religieux du Ghana (ARUG) ont conclu leur conférence conjointe en s’engageant à établir des protocoles de protection pour prévenir et traiter les abus au sein de la Vie Consacrée dans leur région. - 18 mars 2026

