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«Nous sommes convaincus de gagner la guerre sur le terrain militaire, mais nous voulons surtout la gagner entre nous, êtres humains, et ériger le nouveau Burkina Faso». L’archevêque de Koupéla et président de la Conférence épiscopale Burkina-Niger encourage les Burkinabè à vivre dans la cohésion et à toujours garder de bonnes relations diplomatiques avec les autres pays.

Myriam Sandouno – Cité du Vatican

«Une politique souverainiste», c’est ce que prône le Burkina Faso, actuellement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré qui a pris le pouvoir en septembre 2022 par un coup d’État. Le pays continue de faire face aux attaques jihadistes qui font des morts, obligent de nombreux burkinabè à quitter leurs terres, et qui ont contraint des églises, des mosquées, des écoles, ainsi que des hôpitaux à fermer. Partant de l’histoire de Job dans la Bible, qui a tout perdu, et qui, grâce à sa résilience et à sa confiance dans le Seigneur, a tout récupéré, Mgr Gabriel Sayaogo rappelle qu’il est possible de tout recommencer dans la résilience. Dans une interview accordée aux médias du Vatican, le président de la Conférence épiscopale Burkina-Niger revient notamment sur les impacts de la crise sécuritaire, les rapports entre la France et le Burkina, ainsi que sur la question du recul de la liberté d’expression dans le pays. Entretien. 

La lutte pour la souveraineté et l’indépendance totale est le moteur du combat dans lequel s’est engagé le régime militaire actuellement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. C’est un combat qui se mème difficilement sur le terrain, en raison des attaques terroristes. Quel est l’état de la situation sécuritaire aujourd’hui dans votre pays? 

Le Burkina Faso est en train de se reprendre, mais la crise sécuritaire liée aux attaques terroristes persiste toujours dans certaines localités. Cela fait une dizaine d’années que nous vivons une guerre qui nous a été imposée. Mais les populations savent que tôt ou tard, le Burkina sortira vainqueur de cette guerre. Nous sommes sûrs qu’avec l’aide de Dieu, nous en sortirons vainqueurs et des signes sont là. Des populations avaient été déplacées et sont revenues sur leurs terres; elles avaient tout perdu parce que du jour au lendemain, il fallait quitter. Elles reviennent et peuvent travailler petit à petit pour reconstruire leurs cheptels, les biens perdus, reconstruire même leurs maisons.

Cela veut dire qu’il y a quelque chose qui est fait. Et bien sûr, nous devons redoubler d’efforts. Cela signifie qu’il faut vivre la résilience. Il n’y a pas besoin de se lamenter pour ce que l’on a perdu. Il faut plutôt se poser la question: À partir d’aujourd’hui, comment recommencer? Et moi, en tant que chrétien catholique, je partirai de l’histoire de Job dont nous parle la Bible. Il a tout perdu, mais grâce à sa résilience, sa confiance dans le Seigneur, Job a tout récupéré, il a tout reconstruit petit à petit, jusqu’à avoir des biens meilleurs.

Donc au Burkina Faso, nous sommes dans cette même dynamique. Nous croyons et nous sommes convaincus de gagner la guerre sur le terrain militaire, mais nous voulons surtout la gagner entre nous êtres humains, et vivre une certaine cohésion. Et c’est de cette cohésion là que nous allons ériger le Burkina Faso nouveau.

Mgr Gabriel Sayaogo dans les locaux de Radio Vatican

Mgr Gabriel Sayaogo dans les locaux de Radio Vatican

Monseigneur, comment cette crise sécuritaire impacte-t-elle les paroisses, les écoles, ou encore les hôpitaux?

Il faut reconnaître que quand la guerre a éclaté, elle n’avait pas de visage, elle ciblait tous les Burkinabè, il n’y avait pas un choix précis de religion qu’il fallait viser, ou un choix précis de personnes. Tout le monde était visé. Bien sûr, l’État et ses symboles étaient les premiers visés. En ce sens qu’on ne voulait pas voir flotter un drapeau sur un mât. On ne voulait pas voir circuler un véhicule qui avait une immatriculation étatique.

Dans cette confusion-là, des églises, des mosquées ainsi que des temples ont été fermés. Des prêtres, des catéchistes, des imams, des chefs coutumiers et des tenants de la religion traditionnelle ont été assassinés. Donc, c’est en ce sens que je dis que la guerre au Burkina Faso n’avait pas de visage. Et jusqu’à présent, cette guerre n’a pas de visage. C’est une guerre qui est en train de vouloir nier notre souveraineté nationale.

Dans cette guerre, beaucoup n’ont plus eu la possibilité d’aller à l’école ou d’avoir accès à des centres de santé. Des villages ont leurs écoles fermées. Qu’est-ce qu’on fait lorsque tout est détruit? On essaie sous un arbre ou sous un hangar dans le but de continuer à dispenser les cours. En ce qui concerne les dispensaires, c’est difficile parce que le matériel est détruit. On ne peut pas soigner sans le matériel qu’il faut. Pour ceux qui faisaient du commerce, ils ont vu leurs boutiques saccagées et détruites. Mais cela n’empêche pas les Burkinabè de s’entraider et de recommencer petit à petit.

Qu’en est-il de la liberté d’expression dans votre pays, qui, selon certains observateurs, connaît une forte dégradation sous le régime du capitaine Ibrahim Traoré?

Le Burkina Faso est en guerre depuis une dizaine d’années, et qui est en guerre se doit de contrôler le message qu’il véhicule. Les gens sont amenés à avoir une communication saine qui ne démoralise pas nos troupes et ne décourage pas non plus les populations. Il faut contrôler l’information. Le pays a déjà vécu des coups d’État. Je me rappelle celui de 1983, une période à laquelle le capitaine Thomas Sankara avait essayé de remettre le Burkina Faso sur un chemin de souveraineté. Bien sûr, le capitaine Thomas Sankara n’a pas fait long feu et n’a pas réussi à atteindre ses objectifs, mais le régime actuel a emboîté le pas: ramener le Burkinabè à d’abord se dire, «mon pays est béni par Dieu. Je suis souverain comme les autres citoyens du monde». L’image que certains ont du Burkina Faso n’est pas celle qui se vit sur le terrain. Il faut que les gens viennent au Burkina Faso. Ils verront qu’ils sont libres de circuler, de bavarder. Mais bien sûr, il ne faut pas se mettre à insulter le président, au risque de répondre de ses actes. Personnellement je ne crois pas qu’il y ait un recul par rapport à certaines libertés. Aujourd’hui, ce que l’on souhaite c’est que le Burkinabè se respecte, et qu’il respecte les autres.

Les rapports entre le Burkina Faso et la France ne sont toujours pas au beau fixe. Le régime militaire a annoncé vendredi 26 juin 2026, rompre ses relations diplomatiques avec la France qui a réagi et dit «regretter» une «décision hostile et sans fondement». Quelle lecture faites-vous de ce choix des autorités de votre pays. Y a-t-il une chance de rétablir de bonnes relations avec la France?

Les rapports entre le Burkina de manière particulière, et d’une manière générale entre les pays de l’AES et la France, ne sont pas au beau fixe. C’est ce que l’opinion publique tente de nous faire croire. Le Burkina Faso, dans un certain élan, dans un dynamisme de souveraineté, a voulu rompre ou du moins a voulu dénoncer certains accords qui liaient le pays à la France, ancienne puissance colonisatrice. En dehors de cela, il n’y a pas de problème entre le Burkina Faso et la France. Il y a des Français qui vivent aujourd’hui sur le territoire burkinabè. Certains ont des commerces qu’ils font prospérer, d’autres sont mariés à des Burkinabés, (hommes comme femmes). Des Français viennent au Burkina, et des Burkinabès arrivent à avoir des visas, et vont en France. Donc entre les peuples burkinabé et français, il n’y a aucun problème. Mais il y a des accords qui, par le passé, ne permettaient pas d’être nous-mêmes, d’où le choix, en toute lucidité, de les dénoncer. Le Burkina n’a rien contre la France. Quand j’observe le ministre des Affaires étrangères et des Burkinabés de l’étranger, je constate qu’il s’active pour que le Burkina puisse garder ses relations diplomatiques avec les autres pays.

Justement, il est quand même bénéfique de garder de bonnes relations diplomatiques avec les autres pays, surtout que sévit actuellement le terrorisme sur le territoire burkinabè…

Ah oui! c’est nécessaire. La seule condition que nous mettons en avant, c’est la reconnaissance de notre souveraineté. N’importe quel pays est libre d’avoir des relations diplomatiques avec le Burkina Faso, mais tout en tenant compte de notre aspiration à la souveraineté. Le Burkina la revendique et est prêt à tout pour la conserver. Notre pays veut élargir ses relations amicales, ses relations de fraternité avec un plus grand nombre de pays. Nous sommes ouverts, nous accueillons tout le monde et nous sommes prêts à aller partout où on nous accueillera.

Père Paul DAH