Le Pape a poursuivi ce mercredi son nouveau cycle de catéchèses entamé le 20 mai dernier, sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II: La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium. Sur une place Saint-Pierre remplie de fidèles, le Saint-Père a rappelé que le Magistère conciliaire invite à «éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative.»
Augustine Asta – Cité du Vatican
S’appuyant sur l’encyclique Mediator Dei, le Pape a insisté sur le fait que le vénérable Pie XII rappelait déjà que «l’Église est un organisme vivant» qui, «tout en préservant l’intégrité de son enseignement», sait «s’adapter et se conformer aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps». Une intuition pleinement reprise par le Concile Vatican II dans la Constitution Sacrosantum Concilium. Les Pères conciliaires y affirmaient la nécessité de «veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie», afin de faire progresser la vie chrétienne et de mieux répondre aux défis du monde moderne.
Le renouveau liturgique au cœur de la mission de l’Église
À ce «moment historique», a-t-il observé, un profond désir de renouveau traversait l’Église. Les formes rituelles héritées des siècles précédents demeuraient précieuses, mais beaucoup estimaient nécessaire de les rendre plus accessibles et plus fécondes pour les fidèles. Le Mouvement liturgique avait déjà préparé ce terrain. Plus tard, Jean-Paul II soulignera l’existence d’un «lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Église». Selon lui, l’Église «agit dans la liturgie», mais elle «vit aussi de la liturgie et y puise ses forces vitales» (Lettre Dominicae Cenae, 13).
«Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée», la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, «par une formule très efficace, la voie à suivre»: «Maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime», a noté le Pape.
Benoît XVI: tradition et progrès ne s’opposent pas
Léon XIV a poursuivi sa catéchèse en expliquant que son prédécesseur Benoît XVI a perçu dans cette «déclaration d’intentions» le «programme de réforme» des Pères conciliaires, «en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir». Le Pape allemand regrettait que l’on oppose souvent «maladroitement tradition et progrès», alors que, selon lui, les deux réalités sont profondément liées. «La tradition inclut en quelque sorte le progrès», expliquait-il, comparant l’histoire liturgique à «un fleuve» qui conserve sa source tout en avançant vers son embouchure. Cette vision permet de comprendre l’esprit des réformes liturgiques voulues par Vatican II: préserver l’essentiel de la foi tout en adaptant certaines formes extérieures devenues moins adaptées à leur époque.
Une réforme enracinée dans la Tradition
Le Concile distingue ainsi, dans la liturgie, ce qui relève de l’institution divine – donc immuable – et les éléments susceptibles d’évoluer au fil du temps. Selon Sacrosanctum Concilium, certaines pratiques peuvent être modifiées lorsqu’elles ne correspondent plus pleinement «à la nature intime de la liturgie» ou lorsqu’elles deviennent inadaptées pastoralement. L’histoire de l’Église montre d’ailleurs que de telles évolutions ont toujours existé afin de favoriser une participation plus profonde des fidèles au mystère pascal du Christ. «Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer», a affirmé le Souverain pontife. «La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation», a-t-il ajouté. Aujourd’hui, il faut renouveler «cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante», c’est-à-dire selon une «dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité».
La «révision des rites»
Les Pères conciliaires ont recommandé que la «révision des rites», lorsqu’elle répond à «une utilité réelle et avérée pour l’Église», soit toujours effectuée «après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique.», a ensuite soulignél’évêque de Rome.Le Concile insiste également sur la nécessité d’une étude «théologique, historique et pastorale» approfondie avant toute réforme. Il met en garde contre les initiatives individuelles susceptibles de désorienter les fidèles ou de fragiliser la communion ecclésiale.
“Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative.”
Dans cette perspective, le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne «compromet en rien la communion ecclésiale: il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.», a-t-il fait savoir.
Un appel à l’humilité et à la fidélité
Le Successeur de Pierre a conclu sa méditation par une exhortation adressée à tous ceux qui préparent la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique. Ils sont invités à toujours respecter les textes et les normes liturgiques, dans une attitude de «disponibilité et de confiance en Dieu», marquée par l’humilité devant le mystère divin et par une fidélité sincère à la communion de l’Église.


