À l’approche des élections générales de janvier 2027, les évêques du Nigeria appellent à des élections libres et pacifiques. L’épiscopat invite aussi à observer trois jours de prière et de jeûne dans tout le pays.
Federico Piana – Cité du Vatican
Les évêques du Nigeria appellent à des élections libres et pacifiques, et trois jours de prière et de jeûne sont observés dans tout le pays à l’approche du scrutin. Dans un entretien accordé à Vatican Media, le père Michael Banjo, secrétaire général du Secrétariat catholique de ce pays africain, est revenu sur cette situation dramatique et a déclaré: «La principale préoccupation des évêques est que les Nigérians puissent choisir librement leurs dirigeants.» Il a rappelé les événements récents qui suscitent l’inquiétude.
Le 23 octobre, des hommes armés ont fait irruption dans le village de Binnari, dans l’État de Taraba, au nord-est du Nigeria, ouvrant le feu sur les habitants et pillant les commerces. Certaines personnes ont tenté de s’échapper en traversant la rivière, mais beaucoup d’entre elles se sont noyées avant d’avoir pu atteindre la rive opposée. Le bilan confirmé s’élève à 62 morts et 52 blessés. Quelques jours plus tôt, le 17, toujours dans le nord-est, à Gamboru, à la frontière avec le Cameroun, un convoi militaire a été attaqué après qu’un de ses véhicules a heurté une mine terrestre: dix soldats et cinq membres de la milice auxiliaire ont été tués, déchiquetés par l’explosion et touchés par des tirs. Avant cet épisode, le 10 octobre, le long de la route reliant Gwashi à Nasarawa, dans l’État de Zamfara, un convoi de commerçants se rendant au marché local a été pris en embuscade. Malgré l’escorte militaire, le bilan a été lourd, avec une vingtaine de morts, dont 12 civils.
Calendrier électoral
Le Nigeria est un pays en guerre. Mais c’est aussi un pays qui s’apprête à voter. Le calendrier électoral officiel prévoit les élections présidentielles et législatives pour le 16 janvier 2027, tandis que le renouvellement des gouverneurs et des assemblées des États est prévu pour février.
La Commission électorale nigériane, s’appuyant sur des chiffres qu’elle qualifie encore de provisoires, a estimé le nombre d’électeurs inscrits à 103,4 millions. Parallèlement, la société civile se prépare à scruter de près les résultats des élections, notamment grâce à une initiative baptisée «Nigeria Election Data Observatory» (Observatoire des données électorales du Nigeria), qui prévoit le déploiement de 4 000 observateurs et la mise en place d’une plateforme en ligne partagée permettant de comparer et de vérifier les informations électorales.
Jeûne et prière
Le père Michael Banjo a déclaré à Vatican News que l’Église locale suivait de très près ces élections, soulignant que «la principale préoccupation des évêques est que les Nigérians puissent choisir librement leurs dirigeants et que les résultats annoncés reflètent fidèlement leurs choix». «Les citoyens», a-t-il poursuivi, «doivent pouvoir voter sans crainte, et les candidats doivent être libres de mener leurs campagnes électorales dans le respect de la loi». La Conférence épiscopale a appelé à une mobilisation autour du jeûne et de la prière.
«Le thème», a-t-il précisé, «est “Que la justice et la paix coulent à flots”, inspiré du verset biblique d’Amos 5, 24. Les évêques invitent les diocèses, les paroisses, les associations ecclésiales, les familles et chaque citoyen à travers le Nigeria à prier et à œuvrer pour des élections libres, équitables, crédibles et pacifiques.» Lors des journées consacrées au jeûne et à la prière, des messes seront célébrées, le rosaire sera récité et une prière spéciale préparée par la Conférence épiscopale sera prononcée. Des processions auront également lieu partout où les mesures de sécurité le permettront.
Le père Banjo a fourni davantage de détails sur cette initiative, soulignant qu’«elle découle de la préoccupation pastorale des évêques face à la récurrence des violences électorales, des manipulations, de l’achat de voix et des divisions.» Il a déclaré que la prière «ouvre nos cœurs à la guidance de Dieu et nous invite à examiner notre propre conduite», tandis que le jeûne «approfondit la repentance, renforce l’autodiscipline et exprime la solidarité envers ceux qui souffrent». «Ensemble», a-t-il souligné, «ils nous appellent à une conversion qui porte ses fruits: une participation civique honnête, pacifique et responsable.»
Impartialité et bien commun
Les évêques appellent les responsables électoraux, les forces de sécurité et le pouvoir judiciaire à agir en toute impartialité et à résister aux pressions et aux compromis. «Et les candidats», a ajouté le père Banjo, «doivent faire passer le bien commun avant leurs ambitions personnelles, tandis que les citoyens doivent rejeter les incitations et la violence. L’Église ne cherche pas la victoire d’un parti politique ou d’un candidat en particulier. Notre préoccupation est l’intégrité électorale: la crédibilité du processus qui aboutit aux résultats. La paix repose sur la justice, l’équité et le respect de la volonté du peuple.»
Des citoyens découragés
Outre les attaques sanglantes et les opérations de guérilla, le coût élevé de la vie, la pauvreté généralisée et la corruption pèsent également lourdement sur les élections. Mais le secrétaire général du Secrétariat catholique a averti qu’il y avait également «la criminalisation de la dissidence, l’affaiblissement des partis d’opposition et le rétrécissement de l’espace démocratique». «Les expériences électorales passées et le comportement des acteurs politiques», a fait remarquer le prêtre, «ont laissé de nombreux citoyens découragés et incertains quant à la perspective d’élections libres et équitables.» «En conséquence», a-t-il noté, «le sentiment général de la population est un mélange d’espoir, de résignation, d’appréhension, de frustration et d’attentes prudentes.»
Des dirigeants librement choisis par le peuple
Le prêtre a averti que, malgré ce mélange «potentiellement explosif», le profond désir du peuple nigérian d’une meilleure gouvernance n’a pas faibli, ce qu’il attribue au fait que les Nigérians veulent que leurs votes comptent — véritablement. «L’Église», a rassuré le père Banjo, «partage les espoirs des Nigérians, même si le comportement de certains responsables politiques actuels est une source de grave préoccupation.» «Nous espérons», a-t-il conclu, «des élections crédibles qui mettront en avant des dirigeants librement choisis par le peuple et engagés en faveur de la justice, de la transparence et du bien commun.»
- Nomination de sous-secrétaires du dicastère pour le Développement Humain intégral - 5 novembre 2026
- Ghana : l’Union des femmes catholiques s’engage contre les violences basées sur le genre et vient en aide aux victimes - 5 novembre 2026
- Léon XIV rentre chez lui, sur un continent plein de contradictions et d’espérance - 5 novembre 2026


