
Par Jude Atemanke
Abuja, 23 février, 2026 / 6:05 (ACI Africa).
Le Président de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria (CBCN) a exprimé ses préoccupations face à l’insécurité croissante dans le pays d’Afrique de l’Ouest, dénonçant notamment ce qu’il décrit comme des « massacres insensés » et des « enterrements de masse » dans un contexte de terrorisme et de banditisme.
Lors de son allocution à l’ouverture de la première réunion plénière 2026 de la CBCN au Centre de ressources du Secrétariat catholique du Nigeria à Durumi, Abuja, Mgr Lucius Iwejuru Ugorji a longuement abordé les défis de gouvernance et les irrégularités électorales du pays, appelant à des mesures de sécurité proactives, un leadership éthique et des élections crédibles.
« Notre pays continue de connaître des défis sécuritaires croissants. Nous entendons sans cesse des récits tragiques de massacres insensés, d’enterrements de masse, de larmes et de souffrances sans fin », a déclaré Mgr Ugorji.
Le prélat de l’archidiocèse catholique d’Owerri a décrit la montée des enlèvements et des meurtres au Nigeria, soulignant que les hommes armés « opèrent ouvertement, librement et sans entrave », exploitant souvent les failles du système de sécurité nationale pour attaquer des communautés vulnérables.
Il a déploré que le Nigeria « continue de saigner sans fin » et a averti que le gouvernement doit dépasser les réponses réactives à l’insécurité. Selon Mgr Ugorji, les autorités doivent investir dans des technologies de surveillance modernes, renforcer les systèmes de renseignement et veiller à ce que les auteurs du terrorisme et leurs complices soient « rapidement arrêtés, poursuivis et tenus responsables devant la loi afin de dissuader les autres ».
Mgr Ugorji a également mis en garde contre les retards dans la poursuite des terroristes ou la réintégration d’anciens insurgés, estimant que ces manquements « donnent l’impression d’une complicité de la part du gouvernement ».
Le dirigeant de l’Église catholique a en outre dénoncé l’exploitation minière illégale, la qualifiant de « sabotage économique national » qui alimente le terrorisme et la criminalité organisée. Il a précisé que le Nigeria perd chaque année environ 9 milliards de dollars à cause de ces activités, « fortement liées à la montée et à la persistance du banditisme, des enlèvements et d’autres crimes organisés ». Les groupes criminels utilisent les revenus de la vente de minéraux pour acheter des armes et financer des opérations terroristes.
Le Président de la CBCN a également averti que les produits chimiques dangereux utilisés par les exploitants illégaux provoquent « une dégradation sévère de l’environnement, la contamination des sols et de l’eau, la perte de biodiversité et une crise sanitaire », exhortant le gouvernement à adopter des mesures plus agressives, notamment l’usage de drones et de l’intelligence artificielle pour surveiller les sites miniers.
Sur le plan politique, Mgr Ugorji a identifié le mauvais leadership comme une cause majeure des défis du pays. « La racine de nos maux en tant que nation réside en grande partie dans le problème du mauvais leadership et la mauvaise perception de la politique chez de nombreux dirigeants, vue seulement comme truquer les élections et voler le mandat d’autrui », a-t-il déclaré. Il a souligné que le leadership politique doit servir le bien commun et nécessiter une intégrité morale, précisant : « Un dirigeant politique digne de ce nom est celui qui se tient sur un haut plan moral ».
Mgr Ugorji a également relevé que la richesse nationale ne profite pas à tous les citoyens, notant qu’en dépit des ressources abondantes, « beaucoup de nos concitoyens sont laissés pour compte et l’écart entre riches et pauvres se creuse ».
Il a exprimé son inquiétude face à la baisse de la participation électorale au Nigeria, avertissant que cette tendance pourrait nuire à la démocratie. Il a souligné que les irrégularités électorales ont affaibli la confiance du public et a appelé le Parlement national à assurer la transmission obligatoire des résultats électoraux en temps réel pour éviter toute manipulation, insistant : « C’est la volonté du peuple et elle doit être respectée ». Il a averti les législateurs : « Le monde observe ! Et surtout, Dieu observe aussi ».
Lors de son allocution, Mgr Ugorji a également évoqué la proclamation d’une Année jubilaire spéciale de Saint François d’Assise, la présentant comme une opportunité de renouveau spirituel et un appel à la paix et à la réconciliation dans un monde divisé. Il a encouragé les paroisses et institutions ecclésiales à organiser des retraites et exhorté les fidèles à approfondir leur engagement envers la sainteté et la paix.
Le Président de la CBCN a salué la Loi fiscale de 2025 du Nigeria, visant à réformer le système fiscal, tout en notant que ces réformes rencontrent des défis, notamment des charges possibles pour les petites entreprises et la crainte d’une augmentation du coût de la vie.
Il a également souligné l’attention internationale croissante portée à la situation sécuritaire du Nigeria, à la suite des préoccupations mondiales et des actions gouvernementales, y compris la déclaration d’urgence de sécurité nationale par le président Bola Ahmed Tinubu.
À la fin de son allocution, Mgr Ugorji a annoncé qu’il démissionnerait de son poste de Président de la CBCN à la fin de la session plénière, remerciant les membres pour leur soutien tout au long de son mandat : « Je profite de cette occasion pour vous remercier de la coopération et du soutien que j’ai reçus de votre part durant mon mandat en tant que votre serviteur principal
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