Le pape Léon XIV a nommé, le 10 janvier 2026, l’abbé Joseph Francis Janvier Badji évêque coadjuteur du diocèse de Kolda, à la demande de Mgr Jean‑Pierre Bassène. Ancien vicaire de la cathédrale Notre‑Dame‑des‑Victoires et recteur du Grand Séminaire de Brin, Mgr Badji revient dans une Église qu’il connaît intimement. Son ordination épiscopale a lieu le samedi 11 avril 2026 à 10h00, au Collège Saint Benoît de Kolda, présidée par Mgr André Guèye, archevêque de Dakar, en présence du nonce apostolique et de Mgr Bassène. Une messe d’action de grâce suivra le lendemain à la cathédrale.

Cet événement, le deuxième du genre depuis la création du diocèse en 1999, marque une étape importante pour cette jeune Église de Casamance, appelée à poursuivre son chemin dans la diversité et la confiance. Ceux qui croient à la Providence y lisent plus qu’une coïncidence. Ses parents, Simon Badji et Fabiana Diemé, ont éduqué leurs huit enfants dans l’austérité et leur ont transmis une foi forgée dans l’épreuve. Sa mère, elle, était de celles qui ne s’arrêtent jamais. Sans instruction formelle, elle a surveillé avec rigueur le travail scolaire des uns et l’apprentissage du métier des autres. Lingère pour les Frères du Sacré-Coeur pendant de longues années, elle a aussi pris l’initiative de laver les aubes des servants de messe de la 7 cathédrale : il leur faut, disait-elle, se présenter propres autour de l’autel du Seigneur. Elle a cultivé le riz à Djilapao, qu’elle distribuait ensuite par portions aux communautés religieuses. Elle vendait des mangues bouillies et des arachides grillées. Mgr André Guèye, archevêque métropolitain de Dakar, en a témoigné à sa mort : « Elle a voulu toujours vivre du travail humble de ses mains, et aimait partager ses bonnes cacahuètes gratuitement au lieu de les vendre. » Tous les soirs, elle priait le chapelet pour les prêtres. « Ils ont une lourde mission », disait-elle. C’est dans cette atmosphère d’accueil, de travail et de foi que Francis a grandi. Santhiaba a ses propres témoins. Laurent Sambou connaît Francis depuis 1973. Servant d’autel à la cathédrale Saint-Antoine de Padoue depuis 1972, il est l’un des témoins privilégiés de l’enfance de Francis dans ce quartier. C’est en 1980 que Francis s’est approché de lui avec une demande précise : apprendre à servir la messe, devenir enfant de chœur pour la paroisse. Laurent l’a formé, lui a enseigné les gestes et le rythme de la liturgie. Depuis lors, leur proximité a été telle que les gens du quartier les croyaient frères. « Francis a toujours été un garçon sans problème, calme et respectueux des gens et très sérieux », dit-il simplement. Son frère Jacques garde d’autres images, plus intimes. Pendant les vacances scolaires, les deux frères rejoignaient tantôt Diourou, village de leur mère, tantôt Djilapao, village de leur père. À Diourou, Francis a appris à cultiver le riz avec le kadiandiou, outil traditionnel casamançais. « Quand on courait, Francis était toujours derrière. Il criait : Jacques pèrame, Jacques attends-moi ! » Ce souvenir fait sourire. À Djilapao, le tableau changeait. Francis s’est révélé excellent footballeur, ailier droit, capable de créer des ouvertures constantes pour ses coéquipiers. Ce sens du jeu collectif, cette capacité à mettre les autres en position de réussir, il les a gardés toute sa vie. Ibra Pouye, lui, est le voisin de toujours. Musulman, ami d’enfance, il a grandi dans le même groupe que Francis, fréquenté les mêmes lieux. Ce qu’Ibra retient de Francis, c’est d’abord une présence : « Toujours souriant. Difficile de savoir à quel moment il était énervé ou qu’il avait mal. » Derrière cette sérénité, il y a eu une attention concrète aux autres. Francis n’a jamais fait de distinction entre musulmans et chrétiens. Pendant toutes ses années à Brin, chaque fois qu’il est passé à Ziguinchor, il s’est arrêté chez les voisins, a pris le temps d’échanger avec chacun. « Nous avions même honte de lui tellement il était calme, posé », dit Ibra. C’est dans ce même quartier que s’est dessinée sa vocation. Avec Jean-Baptiste Sané, futur abbé et ami de la même génération, Francis et lui ont servi la messe chaque matin à la cathédrale Saint-Antoine. L’abbé Gaston Badiane, alors curé, a pressenti leur appel. En 1980, il leur a fait coudre des aubes blanches et, lors d’une procession solennelle, les a présentés aux fidèles : « Priez pour que notre cathédrale ait des prêtres. » Francis et Jean-Baptiste ont tenu jusqu’à l’ordination. Le parcours de formation qui s’est ouvert alors a suivi les étapes classiques de la vocation sacerdotale sénégalaise : brevet au Petit Séminaire Saint-Louis en 1983, baccalauréat série D en 1987, philosophie à Brin de 1987 à 1989, théologie au Grand Séminaire de Sébikhotane jusqu’en 1994. Dès ces années, l’homme s’est révélé. En 1980, alors en cinquième au CEM 8 Tété Diédhiou, l’abbé Jean Deslandes, directeur du Petit Séminaire Saint-Louis, lui a demandé de reprendre sa classe à cause du latin, alors même qu’il en étudiait déjà dans son établissement. Qu’importe. Habité par le désir de sa vocation, il a accepté de redoubler, renonçant à son avantage pour répondre à un appel. Le geste est révélateur. Le 28 décembre 1994, Mgr Maixent Coly l’a ordonné prêtre à Oussouye. Il avait vingt-huit ans. Une anecdote de ces premières années dit déjà tout de lui. Son oncle, l’abbé Olivier Coly, lui a fait confectionner au Cameroun une belle soutane à boutons dorés, à doubles manches. Découvrant la pièce dans les jardins de la cathédrale, le jeune prêtre a refusé net : « Je ne vais pas porter cette soutane qui ressemble à celle d’un évêque. Les gens penseront que j’aspire à l’épiscopat. » Soeur Marguerite Marie Mendy, qui raconte l’histoire, a dû insister fermement pour qu’il cède. Trente-deux ans plus tard, cette soutane épiscopale qu’il avait refusée, il la revêtira légitimement. Peu après son ordination, l’abbé Francis Badji est arrivé à Kolda, alors encore un doyenné, comme vicaire à la cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, sous la direction du père JeanPierre Lopy. Le jeune prêtre a reçu une mission précise : ramener la jeunesse catholique vers l’Église. Les convocations dominicales à la mission ne donnaient rien. Il a fallu inventer autre chose. C’est avec Louis Thomas Faye, professeur d’éducation physique et sportive au lycée Alpha Molo Baldé, nouvellement arrivé de Dakar, qu’il a imaginé une compétition sportive inter-CEB. La paroisse comptait cinq Communautés Ecclésiales de Base. En quelques semaines, 250 jeunes se sont engagés, garçons et filles, dans un championnat qui mêlait fair-play, fraternité et exigence chrétienne. Ce que les réunions dominicales n’avaient pas obtenu, le vélo de l’abbé Francis l’a accompli : il sillonnait les quartiers de la paroisse, allant de CEB en CEB, sans se lasser, présent à chaque match, attentif à chaque tension. Le père Lopy lui-même, venu observer la mobilisation, a été saisi. « Il a demandé à l’abbé Francis comment il avait fait pour sortir tout ce beau monde », raconte Louis Thomas Faye. Cette mobilisation a tenu jusqu’en 1997. À l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest d’Abidjan, il a obtenu une maîtrise en philosophie. En 2001, il est rentré au Sénégal et a rejoint le Grand Séminaire de Brin comme professeur. Il y a retrouvé son compagnon de route depuis le moyen séminaire Notre-Dame de Ziguinchor, l’abbé Bernard Diatta. Plus de quarante années de compagnonnage. « Rigoureux et travailleur, il ne reculait jamais devant la tâche, généreux dans l’effort et constant dans le travail bien fait », dit l’abbé Diatta, aujourd’hui à Reims. La formation n’a pas épuisé ses ressources. Francis Badji est auteur-compositeur : il a mis ses textes en musique, consacré ce talent à la liturgie. Le formateur de prêtres est aussi celui qui aide les autres à chanter leur foi. En 2017, il est devenu recteur du Grand Séminaire. Vingt-cinq ans au total au service de la formation sacerdotale. L’abbé Joachim Diatta, prêtre du diocèse de Ziguinchor qui l’a connu comme formateur à Brin, témoigne qu’il « ne cherchait pas à produire un modèle standard, mais à accompagner une vocation unique, fragile et précieuse. » Son ami d’enfance, l’abbé 9 Jean-Baptiste Sané, résume avec la précision de qui le connaît depuis Santhiaba : « Un homme de grande écoute. Face aux situations tendues, il sait trouver les mots pour apaiser. Il a une patience extraordinaire. » Sœur Marguerite Marie Mendy nuance aussitôt : « Il sait être ferme et têtu à ses heures. » L’humilité de Francis Badji n’est pas mollesse. C’est un choix constant, qui tient bon sous la pression. Ana Cleta Elise Fons connaît Francis depuis son enfance à Santhiaba. Cuisinière au Grand Séminaire de Djibélor puis de Brin, elle l’y a retrouvé comme séminariste, l’a hébergé et a pris soin de lui. Le regard qu’elle pose sur lui n’a pas changé depuis l’enfance : « Je n’avais rien à lui reprocher. C’était un enfant correct, poli et serviable. » Des décennies plus tard, elle ajoute : « Francis est un homme bienveillant, irréprochable et doté d’une gentillesse inébranlable. Bien que sa maman ne soit plus de ce monde, il a continué à se battre pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. » Ni son père Simon ni sa mère Fabiana n’ont vu venir ce jour. Simon Badji s’est éteint le 19 octobre 2010. Fabiana Diemé s’est éteinte à son tour le 31 août 2025, dans le geste même qui la résumait tout entière : elle allumait le feu pour que ses enfants et petits-enfants prennent leur douche à l’eau chaude. Le 5 septembre 2025, Francis a célébré ses obsèques à la cathédrale Saint-Antoine de Padoue de Ziguinchor. Sept mois plus tard, son fils recevra l’épiscopat. Le 12 avril 2026, lendemain de son ordination, Mgr Badji présidera sa première messe épiscopale à la cathédrale Notre-Dame-des-Victoires de Kolda. La même cathédrale où il officiait comme vicaire trente-deux ans plus tôt, sillonnant les quartiers de la paroisse à vélo. Ce retour n’est pas une boucle fermée. C’est une ligne qui continue. Ibra Pouye, l’ami de Santhiaba, dit avoir prié pour cette nomination chaque fois que Francis passait à la maison familiale pour les fêtes. « Je lui disais : je prie pour que tu sois évêque. » Il est musulman. Francis est chrétien. Kolda est un diocèse où les catholiques représentent 2,8 pour cent de la population. L’évêque qui y arrive a appris depuis l’enfance, dans un quartier populaire de Ziguinchor, ce que signifie vivre sa foi au milieu des autres, avec les autres, sans jamais renoncer à ce qu’on est. Dieu a exaucé la prière d’Ibra. Et peut-être aussi celle de Fabiana. 10 LE STATUT D’ÉVÊQUE COADJUTEUR Fondement canonique La nomination de Mgr Francis Badji comme évêque coadjuteur du diocèse de Kolda s’inscrit dans le cadre précis du droit canonique de l’Église catholique. Le Code de Droit Canonique de 1983 (CIC) réglemente ce statut aux canons 403 à 411. Le canon 403 §2 CIC fonde la nomination : « In gravioribus adiunctis, etiam indolis personalis, Episcopo dioecesano dari potest Coadiutor cum specialibus facultatibus, qui etiam ex ipsius Sedis Apostolicae motu proprio conceditur. » Dans des circonstances plus graves, même de nature personnelle, un évêque coadjuteur doté de facultés spéciales peut être donné à l’évêque diocésain, y compris de la propre initiative du Saint-Siège. La distinction est fondamentale : à la différence de l’évêque auxiliaire, le coadjuteur est investi du droit de succession au siège épiscopal. Coadjuteur et auxiliaire : une distinction fondamentale La nomination au titre de coadjuteur ne doit pas être confondue avec celle d’évêque auxiliaire. Les deux charges répondent à des logiques canoniques distinctes, et leurs effets juridiques diffèrent sur un point capital : le droit de succession. Le droit canonique établit une distinction nette entre ces deux charges. L’évêque auxiliaire (can. 403 §1 CIC) est nommé à la demande de l’évêque diocésain lorsque les besoins pastoraux du diocèse le requièrent, mais il n’est pas investi du droit de succession. L’évêque coadjuteur, en revanche, est doté de ce droit par sa nomination même. Le canon 409 §1 CIC régit la succession : « Cum sedes episcopalis vacat, Coadiutor statim fit Episcopus dioecesis, dummodo legitime in possessionem officii missus sit. » Lorsque le siège épiscopal devient vacant, le coadjuteur devient immédiatement évêque du diocèse, sans qu’il soit besoin d’une nouvelle nomination pontificale, à condition qu’il ait été légitimement mis en possession de son office. La continuité pastorale est ainsi garantie de plein droit, sans délai ni nouvelle procédure. La charge de Vicaire général Le canon 406 §1 CIC impose une obligation précise à l’évêque diocésain : « Episcopus coadiutor necnon Episcopus auxiliaris de quo in can. 403, §2, a dioecesano Episcopo Vicarius Generalis constitui debet. » L’évêque diocésain est tenu de nommer l’évêque coadjuteur Vicaire général. Cette nomination n’est pas discrétionnaire : elle est prescrite par la loi 11 canonique. Elle confère à Mgr Badji une compétence générale sur toutes les affaires relevant de la juridiction ordinaire de l’évêché, en communion avec Mgr Bassène. En tant que Vicaire général, il peut exercer tous les actes de gouvernement qui relèvent de la compétence de l’ordinaire, sauf ceux que le droit réserve expressément à l’évêque diocésain (can. 479 §1 CIC). Gouvernement et coresponsabilité Le canon 405 §1 CIC précise que l’évêque coadjuteur « adiuvat Episcopum dioecesanum in universo dioecesis regimine » : il assiste l’évêque diocésain dans tout le gouvernement du diocèse. Cette assistance prend une dimension particulière en cas d’absence ou d’empêchement de l’évêque : en vertu de sa charge de Vicaire général (can. 406 §1 et 479 §1 CIC), Mgr Badji assure alors la continuité du gouvernement ordinaire. Ce régime garantit la stabilité pastorale du diocèse dans toutes les circonstances. Ce cadre canonique trace les contours d’un gouvernement collégial. Mgr Bassène et Mgr Badji exercent leur charge en complémentarité, dans la tradition synodale que le diocèse de Kolda a développée lors de son synode diocésain de 2019 à 2022. 12 LES RITES DE L’ORDINATION ÉPISCOPALE L’ordination épiscopale confère la plénitude du sacrement de l’Ordre. C’est la tradition apostolique ininterrompue de l’Église qui le dit, avant même les formulations juridiques. Le Concile Vatican II, dans la constitution dogmatique Lumen Gentium (n. 21), enseigne que la consécration épiscopale confère, avec la charge de sanctifier, les charges d’enseigner et de gouverner : les trois munera par lesquels l’évêque est configuré au Christ, Prêtre, Prophète et Roi.
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