
Instituée par Jean-Paul II en 1992, l’Église Universelle célèbre chaque 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes, la Journée mondiale du malade. Cette année, cette célébration se déroule suivant un thème cher au Pape Léon XIV: «La compassion du Samaritain: aimer en portant la souffrance de l’autre». Au Burkina Faso, le père camillien Edgard Yameogo, plaide pour une médecine qui ne soigne pas seulement des maladies, mais qui respecte avant tout la dignité de la personne humaine.
Augustine Asta – Cité du Vatican
«La dignité des malades, c’est une valeur incontournable. Parler de dignité, c’est souligner la valeur de la personne humaine. Rien n’est plus grand que la personne humaine», affirme le père camillien burkinabé Edgard François Yameogo, responsable du Centre de formation en humanisation sanitaire appelé Camillianum, dans un entretien accordé aux médias du Vatican. Depuis bientôt trente ans, ce centre situé au Burkina Faso, forme des étudiants, de toutes confessions religieuses, à une approche plus humaine du soin.
La dignité, même dans la maladie
Soigner ne peut se limiter à traiter une pathologie: il s’agit avant tout de reconnaître la dignité de la personne malade, estime le père Yameogo. Dans les différents modules de formation, les futurs soignants sont invités à partir de situations concrètes vécues sur le terrain. «Nous mettons l’accent sur des situations qui offensent la dignité des malades, parfois sans que les soignants eux-mêmes s’en rendent compte», explique le responsable. Poursuivant: «Le malade, même défiguré, ne perd rien de sa dignité.»
Cette approche s’enracine aussi dans les valeurs culturelles africaines. «La culture africaine tient beaucoup à la dignité de la personne humaine, à la vie», souligne-t-il, estimant que ces repères doivent nourrir les pratiques de soins modernes.

Des étudiants en salle de formation.
Écoute, proximité et compassion
Pour le prêtre burkinabé, l’écoute et la compassion ne vont pas toujours de soi. «Naturellement, nous ne savons pas écouter. La compassion, ça s’apprend», témoigne le formateur. C’est pourquoi le centre a intégré un module de base en counseling, d’une durée de 15 heures, axé sur la proximité, l’écoute et la relation soignant-soigné. Chaque année, «un confrère venu d’Italie intervient pour partager l’expérience européenne de la médecine personnaliste ou anthropologique. C’est une médecine où la personne humaine doit être au centre des décisions. Théoriquement, on dit que la maladie n’existe pas, mais qu’il existe une personne malade», détaille-t-il.
De la pathologie à la personne malade
Sur le terrain, cette approche reste un défi. «On se focalise souvent sur la pathologie, en oubliant qu’elle est liée à une personne», regrette-t-il. Pourtant, rappelle-t-il, «quand je suis malade, j’ai besoin de quelqu’un qui me soigne comme si j’étais son frère». Cette attente soutient le père Yameogo, explique en partie le succès de la médecine traditionnelle. «Le guérisseur traditionnel se met au même niveau que le malade, ils s’assoient sur la même natte», observe le prêtre. Cette proximité humaine joue un rôle essentiel dans le processus de guérison et explique pourquoi «la médecine traditionnelle est parfois plus fréquentée que les structures modernes». «Il y a des malades qu’on ne peut pas guérir de leur maladie, mais ils sont guéris dans leur maladie.», atteste-t-il.

Le père camillien burkinabé Edgard François Yameogo, responsable du Centre de formation en humanisation sanitaire.
Le “guérisseur blessé”
Inspiré par l’image biblique du bon Samaritain, mise en avant par le Pape Léon XIV, dans son message pour cette 34e Journée mondiale du malade, le prêtre camillien insiste lui aussi sur la compassion comme capacité à porter la souffrance de l’autre. «Le soignant doit être un guérisseur, mais sans oublier qu’il porte lui-même des blessures», nuance-t-il. «Tant que je ne fais pas l’effort de voir le problème de l’autre en moi-même, je ferai semblant d’être compatissant», confie-t-il. «Il arrive parfois de passer une nuit sans dormir, ou même de pleurer devant certaines situations», fait-il savoir.
Technologie médicale: progrès ou nouvelle fracture?
Si les avancées technologiques sont saluées comme «une grâce», elles posent de nouveaux défis éthiques. «Cette technologie doit être humanisée», prévient-il. Au Burkina Faso, l’accès aux examens comme le scanner reste réservé à ceux qui ont les moyens. «La question est de savoir si cette technologie est faite pour les pauvres?», interroge le père Yameogo. Humaniser la technologie c’est passer «de soigner à prendre soin». Raison pour laquelle «il ne faut pas que les appareils empêchent les soignants de toucher les malades».

12/02/2026
La Journée mondiale du malade, chez les Camilliens de Ouagadougou
En cette fête de Notre-Dame de Lourdes, qui marque la 34e Journée mondiale du malade cette année, gros plan sur le Centre de formation en hum
Le défi du temps et des moyens
La réalité de la situation complique l’application de ces principes. «Un seul médecin peut avoir 50 malades à consulter en une matinée», rappelle-t-il. Cette «hyperaccélération du temps» rend l’écoute difficile. Mais le responsable du Camillianumrefuse d’y voir une excuse: «Ce n’est pas parce qu’il y a un problème qu’il faut renoncer à prendre du temps pour écouter le malade.» En cette Journée mondiale du malade, le père Yameogo, rappelle que soigner, c’est avant tout reconnaître l’autre comme un frère, une sœur, une personne digne, jusqu’au bout.
Alors que le centre s’apprête à célébrer ses 30 ans d’existence, il ambitionne d’élargir son action à la formation en pastorale sanitaire, afin de mieux accompagner spirituellement les malades, au-delà des appartenances religieuses.

Lors de la remise des diplômes.

