Pour son premier discours en Guinée équatoriale, Léon XIV a partagé à Malabo, l’ancienne capitale du pays, sa vision du pouvoir et du développement. «L’exclusion est le nouveau visage de l’injustice sociale», a-t-il déclaré. Le Saint-Père a également dénoncé une «économie de l’exclusion» et pointé les dérives d’un système mondial où coexistent pauvreté extrême et accès généralisé aux outils numériques.
Augustine Asta – Cité du Vatican
Au Palais présidentiel en Guinée équatoriale encore appelé »Palais du Peuple » ou »Palacio del Pueblo », – après avoir été accueilli par les hymnes, suivies de 21 coups de canon à l’arrivée à l’aéroport international de Malabo, et une rencontre privée avec le chef de l’État Teodoro Obiang Nguema Mbasogo -, le Pape Léon XIV a réservé ses premiers mots pour les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique.
L’accueil officiel
Dans son allocution de bienvenue, le président équato-guinéen a insisté sur le caractère «historique» de cette première visite africaine du Pape Léon XIV. Il a décrit une nation «envahie par une profonde joie», honorée d’accueillir le Souverain pontife et sa délégation, dans un esprit d’hospitalité et de ferveur. La présence du Souverain pontife, a-t-il estimé, «renforcera la foi chrétienne» dans ce pays majoritairement catholique.

Léon XIV lors de son discours. (@Vatican Media)
Prenant la parole tout juste après le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le Saint-Père a prononcé son discours en espagnol. Dès ses premiers mots, il a exprimé sa gratitude pour l’accueil reçu, tout en affirmant sa joie de rencontrer «le peuple bien-aimé de Guinée équatoriale». Citant ensuite les propos de Jean-Paul II, lors de sa visite dans le pays, l’Évêque de Rome a rappelé la responsabilité symbolique du chef de l’État, appelé à incarner les aspirations d’un peuple à plus de liberté, de justice et de dignité. S’appuyant sur la Constitution conciliaire Gaudium et spes, Léon XIV a expliqué que sa visite vise à «affermir dans la foi et consoler le peuple de ce pays en mutation rapide.»
La cité selon Saint Augustin
Le Souverain pontife a aussi fait référence à son père spirituel saint Augustin et à son œuvre La Cité de Dieu. Le théologien, a-t-il expliqué, interprétait les événements de l’histoire selon le «modèle de deux cités»: «celle de Dieu, éternelle et caractérisée par son amour inconditionnel (amor Dei), et «celle terrestre, lieu de séjour provisoire où l’homme et la femme vivent jusqu’à leur mort.» «Chaque être humain, par ses décisions, manifeste jour après jour à laquelle de ces deux cités il veut appartenir», a-t-il ajouté. Le Successeur de Pierre a dans la foulée élargi cette réflexion en la reliant à la création récente de la nouvelle capitale du pays, Ciudad de la Paz, dont le nom évoque, a-t-il dit, la «Jérusalem biblique». Saint Augustin, a-t-il encore souligné, «estime que les chrétiens sont appelés par Dieu à vivre dans la cité terrestre, le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie.»
Pour le Pape, la Cité de Dieu «ne propose pas de programme politique, mais offre de précieuses réflexions sur des questions fondamentales de la vie sociale et politique». Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, la Doctrine sociale de l’Église, est une «aide pour tous ceux qui souhaitent affronter les choses nouvelles» qui «déstabilisent la planète et la vie en société, en recherchant avant tout le Royaume de Dieu et sa justice.»

Rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique, lundi 21 avril 2026. (@Vatican Media)
Inégalités et technologies
Comparant notre époque à celle où le Pape Léon XIII a promulgué Rerum novarum, le Souverain pontife a fait remarquer, qu’aujourd’hui «l’exclusion est le nouveau visage de l’injustice sociale». Dans la lignée de son prédécesseur François, dont le premier anniversaire de sa mort est commémoré ce 21 avril, Léon XIV a dénoncé une «économie de l’exclusion» et pointé les dérives d’un système mondial où coexistent pauvreté extrême et accès généralisé aux outils numériques. Les nouvelles technologies «semblent conçues et utilisées principalement à des fins belliqueuses et dans des contextes qui ne laissent entrevoir aucune amélioration des perspectives pour tous.», a-t-il regretté.
Ressources naturelles et conflits
Focalisant une partie de son discours sur l’exploitation des ressources naturelles, le Saint-Père a dénoncé une logique de spéculation qui néglige la protection de l’environnement, les droits des populations locales et la dignité du travail. Il a également établi un lien direct entre cette exploitation et la multiplication des conflits armés, alimentés par la convoitise des richesses minières et pétrolières, souvent au mépris du droit international. «Dieu ne veut pas cela. Son Saint Nom ne peut être profané par la volonté de domination, l’arrogance et la discrimination: surtout, il ne doit jamais être invoqué pour justifier des choix et des actions de mort», a-t-il lancé.
“Dans un monde meurtri par l’arrogance, les peuples ont faim et soif de justice. Il faut valoriser ceux qui croient en la paix et oser des politiques à contre-courant, centrées sur le bien commun.”
La «Cité de Dieu, cité de paix »
Face aux défis actuels, il est urgent «d’avoir le courage de visions nouvelles et d’un pacte éducatif qui donne aux jeunes de l’espace et de la confiance.», a proposé Léon XIV. La «cité de Dieu, cité de paix», doit être «accueillie comme un don qui vient d’en haut et vers lequel tourner notre désir et toutes nos ressources». Car, c’est une «promesse» et une «tâche», a expliqué encore le Souverain pontife. La Guinée équatoriale, qualifiée de «jeune» par le Pape, a été aussi invité à tracer une voie nouvelle sur la scène internationale, au service de la justice et de la paix.

Le Pape et le chef de l’État Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. (@Vatican Media)

