
Dans la localité de Tohoun, à quelques kilomètres de la frontière béninoise, l’orphelinat Jean-Paul II du diocèse de Kpalimé incarne la proximité de l’Église avec les plus fragiles. Depuis plus de vingt ans, les Sœurs de Notre-Dame de Nazareth y accompagnent des enfants marqués par la perte, l’abandon ou la précarité, leur offrant un cadre de vie, une éducation et un chemin d’espérance.
Sœur Chibi Natacha Dato SLC – Cité du Vatican
Situé dans la préfecture du Moyen-Mono, au cœur de la région des Plateaux au Togo, l’orphelinat Jean-Paul II a été fondé en 1999 par les Sœurs de Notre-Dame de Nazareth. Le centre accueille des enfants venus de Tohoun et des villages environnants, parfois même du Bénin voisin, notamment du pays Adja.
Pour les religieuses, cette mission s’inscrit dans une vocation profondément évangélique. «Notre mission est d’être le reflet de la tendresse de Dieu pour les plus petits», explique sœur Nicole Yacintha Bernadette Ogboni, la responsable du centre. Les sœurs se considèrent non comme de simples responsables d’un centre d’accueil, mais comme de véritables mères de substitution pour ces enfants blessés par la vie.
Une maternité spirituelle au quotidien
Dans l’esprit de Nazareth, marqué par la simplicité et l’amour du travail, les religieuses assurent un accompagnement intégral des enfants. Hébergement, alimentation, soins médicaux, scolarisation et formation humaine composent leur quotidien. Les enfants accueillis arrivent souvent fragilisés, tant physiquement qu’affectivement. «Certains ont perdu leurs deux parents; d’autres proviennent de familles incapables d’assurer leur subsistance», confie la religieuse. Derrière «les silences et les regards méfiants se cachent des blessures profondes».
Guérir les blessures invisibles
Au-delà des besoins matériels, l’accompagnement vise surtout à restaurer la confiance. «Ils portent des bagages lourds», reconnaît la responsable de l’orphelinat, évoquant la malnutrition, l’absence de soins ou les traumatismes liés au deuil et à l’abandon.
La reconstruction passe par la stabilité et la présence quotidienne: repas partagés, horaires réguliers, temps de jeu et de prière rythment la journée. Des gestes simples, être appelé par son nom, être encouragé dans ses progrès scolaires, être écouté, permettent aux enfants de retrouver peu à peu un sentiment d’appartenance. Pour beaucoup, «la maison devient alors une nouvelle fratrie».

Les enfants de l’Orphelinat Jean-Paul II du diocèse de Kpalimè avec les Sœurs de Notre-Dame de Nazareth
L’éducation, clé de l’avenir
L’éducation constitue un pilier fondamental de la mission. «C’est l’arme de leur future liberté», souligne la religieuse. Les enfants bénéficient d’un suivi scolaire attentif et d’une formation humaine destinée à développer le sens des responsabilités et l’autonomie. La dimension spirituelle occupe également une place importante dans la vie du centre. «La prière ouvre et clôture la journée, non comme une obligation, mais comme un souffle», explique sœur Nicole Yacintha. Par leur témoignage de vie consacrée, les religieuses veulent rappeler aux enfants qu’ils sont aimés d’un Père, Dieu qui ne les abandonne jamais.
Entre défis et espérance
Malgré la générosité de la mission, les défis restent nombreux: ressources financières limitées, besoins médicaux importants et accompagnement psychologique parfois insuffisant face à des traumatismes profonds. L’insertion des jeunes dans la vie active représente également une étape délicate. Pourtant, l’espérance demeure bien vivante. Elle se manifeste dans les sourires retrouvés, mais aussi dans les parcours de ceux qui, devenus adultes, reviennent visiter la maison qui les a vus grandir.
La responsable du centre se souvient notamment d’une fillette arrivée mutique et repliée sur elle-même. Après plusieurs semaines d’accompagnement, l’enfant s’est approchée d’une religieuse et l’a appelée «Maman». «Ce jour-là, nous avons compris que la vie avait repris ses droits». À Tohoun, l’orphelinat Jean-Paul II poursuit ainsi sa mission discrète mais essentielle: relever des vies blessées et ouvrir un chemin d’avenir pour ceux qui avaient perdu toute espérance.
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