Dans le cadre du temps œcuménique de la création voulu par le Pape Léon XIV, le diocèse d’Abidjan a célébré, mardi 1er septembre la Journée de prière pour la sauvegarde de la Création. À l’occasion, le cardinal Ignace Dogbo Bessi a dénoncé l’emprise de l’argent et la recherche effrénée du profit. Il a notamment pointé les ravages de l’orpaillage illégal sur l’environnement et les populations, appelant à une conversion personnelle et collective.
Marcel Ariston BLÉ – Abidjan, Côte d’Ivoire
Instituée dans le sillage de l’engagement de l’Église en faveur de la sauvegarde de la Création, cette journée constitue un temps privilégié de prière, de sensibilisation et de mobilisation en faveur de la protection de la nature et de l’environnement.
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«Le seul moyen de sauvegarder notre Maison commune»
S’appuyant sur les textes bibliques proposés pour cette journée, le cardinal Ignace Dogbo Bessi a rappelé que la sauvegarde de la Création passe d’abord par un rapport renouvelé de l’homme à Dieu. «Le seul moyen de sauvegarder notre Création qui nous est commune, et qui nous est confiée à tous et à chacun, c’est le service de Dieu et de lui seul, c’est l’adoration de Dieu et de Dieu seul, c’est la reconnaissance de Dieu et de lui seul comme le Créateur de l’homme et de son environnement», a-t-il déclaré.
Pour l’archevêque d’Abidjan, la crise écologique ne saurait être dissociée d’une crise spirituelle. Il déplore ainsi une forme d’idolâtrie qui conduit l’homme à «abandonner le Créateur pour servir les créatures». Cette dérive, estime-t-il, se manifeste notamment dans la place démesurée accordée à l’argent et à la recherche du profit, au détriment de la solidarité et du bien commun.
L’avarice, «un danger pour lui-même et pour tous»
Reprenant l’enseignement évangélique selon lequel nul ne peut servir à la fois Dieu et l’argent, le cardinal Bessi a fustigé l’avarice, qu’il présente comme l’une des expressions les plus dangereuses de cette idolâtrie. «C’est l’avarice qui ferme nos mains sur nos biens et nous empêche de vivre, et mieux, de bâtir, et mieux encore d’organiser la solidarité pour le service de tous», a-t-il dénoncé. Pour le cardinal, «l’avare est un danger pour lui-même et pour tous», soulignant que l’avarice et l’amour de l’argent sont «des frères siamois, inséparables et dangereux pour le monde, pour notre pays et pour notre Église».
Orpaillage illégal: «L’or qui tue n’est pas de l’or»
Cette dénonciation de l’idolâtrie de l’argent a conduit l’archevêque d’Abidjan à pointer directement le phénomène de l’orpaillage illégal, devenu l’un des principaux fléaux environnementaux du pays. «Il ne faut pas aller chercher ailleurs le malheur qui frappe notre pays. L’orpaillage illégal, qui nous frappe et qui pollue notre environnement, nos cours d’eau, nos fleuves, nos lagunes et peut-être nos mers, est proche de nous et même en nous », a-t-il affirmé.
Pour le cardinal Bessi, la racine de ce phénomène réside dans «l’amour désordonné de l’argent» et «l’idolâtrie de l’argent». Très sévère à l’égard des conséquences de l’exploitation clandestine de l’or, il dénonce une activité qui souille les eaux, détruit les écosystèmes et porte atteinte à la vie humaine. «L’or qui tue n’est pas de l’or. L’or qui tue, c’est de la boue, vraie gadoue, qui bouche les marines et tue», a-t-il martelé. Face à ce fléau, l’archevêque invite à une véritable conversion personnelle et collective. «Chacun doit s’efforcer de donner toute la place à Dieu. Enfin, chacun doit tout faire pour cultiver la solidarité généreuse pour le service de tous», a-t-il exhorté.
L’État interpellé sur sa mission de protection
En conclusion de son homélie, le cardinal Ignace Dogbo Bessi a également interpellé l’État sur sa responsabilité dans la protection de l’environnement et des populations. Cette célébration, estime-t-il, constitue une occasion de rappeler aux pouvoirs publics «ce qu’ils savent faire: leur mission régalienne de protection de l’environnement et de l’homme». Le prélat a notamment rappelé les alertes lancées par la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire en 2019 et en 2023 sur les dangers liés à l’orpaillage illégal. Selon lui, l’Église avait, à travers ces prises de position, voulu jouer son rôle de «sentinelle sans armes», de «guetteur de la part de Dieu et pour le peuple».
Un fléau qui s’étend à une grande partie du territoire
Les données communiquées par les autorités ivoiriennes témoignent de l’ampleur du phénomène. L’orpaillage illégal affecte désormais 29 des 31 régions administratives du pays. Plus de 8 500 sites clandestins ont été démantelés entre 2021 et la mi-2026. Dans le cadre de la lutte contre ce fléau, 4 474 individus ont été déférés devant la justice, dont 65 % seraient de nationalité étrangère. Les opérations ont également permis de saisir plus de 960 millions de francs CFA ainsi qu’environ 136 kilogrammes d’or. Ce fléau ferait perdre chaque année environ 4 600 milliards de francs CFA (soit plus de 7 milliards d’euros) à l’État de Côte d’Ivoire. Les autorités entendent désormais accentuer leurs efforts sur les réseaux qui alimentent cette économie clandestine, en remontant les filières financières afin d’identifier les commanditaires et les acheteurs de l’or, au-delà de la seule destruction des équipements présents sur les sites illégaux.


