P. Roger GOMIS
Les chargés de communication des onze conférences épiscopales des CERAO, présentes dans seize pays, suivent depuis le mardi 13 octobre 2026 un atelier régional de formation au Centre CERAO de pastorale et de mission d’Abidjan. Placés sous le signe de la synergie et de la communion, les travaux se poursuivent jusqu’au jeudi 15 octobre. Décidée par les évêques en 2022, la rencontre vise à coordonner la communication d’Églises que séparent encore la langue et l’héritage colonial.
Au nom du cardinal Ignace Bessi Dogbo, archevêque d’Abidjan, le Père Hervé Djézou, chargé de communication de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, a accueilli les participants en rendant grâce pour une rencontre qui fortifie à la fois la communion entre les Églises de la sous-région et la collaboration entre leurs services. Il a fixé aux travaux une ambition précise, celle de « mettre en place les outils nécessaires et la coordination pour une plus grande visibilité de l’Église et une plus grande efficacité ».
L’attente remonte à la quatrième assemblée plénière des CERAO, réunie à Abuja en mai 2022, dont le Père Vitalis Anaehobi, secrétaire général de l’institution, a rappelé la résolution : « Les évêques de l’Afrique de l’Ouest d’un commun accord se sont dit que c’est important qu’on ait beaucoup plus de collaboration. » Les prélats avaient alors choisi de réunir chaque année les responsables des secrétariats nationaux et demandé aux directeurs de communication de se rapprocher pour coordonner leurs activités et partager l’information. Faute de financement, la décision a toutefois attendu plus de quatre ans avant de se traduire en formation.
Le délai n’a pas réduit la portée de l’atelier. Chargé de communication des CERAO, le Père Paul Dah l’a inscrit dans un dessein plus large : mettre en commun les activités sociopastorales des communautés catholiques de la région, afin que l’accompagnement des fidèles ne dépende plus des limites géographiques, historiques ou linguistiques. Le chantier se mesure à l’échelle de l’institution, qui couvre, selon le Père Vincent de Paul Boro, premier secrétaire général adjoint, 160 diocèses et archidiocèses, peuplés de près de 419 millions d’habitants dont quelque 51 millions de catholiques, et réunit 232 évêques, soit près de 40 % de l’épiscopat africain. Pour servir un ensemble de cette taille, le Père Dah voit dans la communication « un levier important pour réussir ce projet ».
Les débuts de cette mise en commun remontent, selon le chargé de communication, à 2009 et surtout à 2012, deux étapes de la fusion entre les organismes qui se partageaient alors l’espace ouest-africain. La Conférence épiscopale régionale de l’Afrique de l’Ouest, francophone et lusophone, et l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique de l’Ouest anglophone ont en effet tenu leurs dernières sessions séparées en 2009, avant de sceller leur union à l’assemblée constitutive de Yamoussoukro, en 2012. Engagé dès 1997 à Accra, ce rapprochement répondait selon le Père Boro à une nécessité, celle de « transcender les barrières linguistiques héritées de la colonisation pour parler d’une seule voix sur les questions d’État et d’Église ». Quatorze ans après Yamoussoukro, la construction d’une Église synodale commune souffre pourtant encore de nombreuses lacunes.
Le Père Dah a relevé deux obstacles. Le premier tient à la langue, dans un espace partagé entre neuf pays francophones, cinq anglophones et deux lusophones. Le second relève de l’histoire et de l’héritage colonial, qui entretiennent des approches pastorales différentes au sein d’un même corps ecclésial. Les évêques entendent néanmoins surmonter ces défis, a-t-il souligné, pour permettre « à l’Église de Jésus-Christ d’être une Église homogène que ce soit en zone lusophone, en zone anglophone ou en zone francophone ».
À ces défis de long terme, l’atelier oppose un objectif immédiat, que le Père Hubert Kedowidé, coordonnateur principal de la formation, a défini comme l’apprentissage des nouvelles technologies, pour que chaque prêtre en maîtrise l’usage. La compétence technique garde à ses yeux une finalité pastorale, celle de servir « la communication qui transmet à la fois l’Évangile et surtout la doctrine sociale de l’Église ».
Le Père Boro conforte cette orientation lorsqu’il décrit la mission de la commission épiscopale des communications sociales, l’une des huit commissions des CERAO, chargée d’approfondir la dimension théologique et pastorale de l’action de communiquer, y compris par la formation, « afin que la communication ne soit pas réduite à des conceptions purement technologiques et instrumentales ». La commission range également l’intelligence artificielle parmi ses domaines de réflexion. Le souci remonte d’ailleurs aux origines de l’institution, car les rencontres des chefs de mission de l’Afrique occidentale française, dont les CERAO sont les héritières, ont donné naissance au journal Afrique Nouvelle et installé à Dakar, dès 1949, une commission chargée de la presse et des œuvres.
Le coordonnateur espère qu’en quittant Abidjan, vendredi, chaque délégué emportera le minimum requis pour poursuivre sa mission sur le terrain.
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