Au peuple de Guinée,
Aux candidats à l’élection présidentielle,
Aux hommes et femmes de bonne volonté,
PRIORITÉ À L’AMOUR DU PAYS,
AU PARDON-RÉCONCILIATION ET À L’UNITÉ NATIONALE
Chers compatriotes,
Peuple croyant de Guinée,
Et vous, hommes et femmes de bonne volonté,
Que la paix de Dieu soit toujours avec vous!
- Il est raisonnable qu’à l’occasion d’évènements marquants de la vie de
notre Nation, nous, Archevêques et Évêques de l’Église Catholique en
Guinée, prenions la parole pour vous adresser un message d’espérance et
d’encouragement. Car vos «joies et vos espoirs, vos tristesses et vos
angoisses (…) sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses
des disciples du Christ >» que nous sommes, « et il n’est rien de vraiment
humain qui ne trouve écho dans » nos cœurs (Vatican II, L’Église dans le
monde de ce temps, n°1 [GS1]). - En effet, à travers un décret publié dans la soirée du samedi 27 septembre
2025, le Président de la Transition, le Général Mamadi DOUMBOUYA,
nous a communiqué la date de l’élection présidentielle prochaine. Notre pays
est donc invité aux urnes le 28 décembre 2025 en vue d’un choix libre et responsable du futur Président de la République de Guinée. - Le scrutin, nous le savons, est un moment important dans la vie d’un
peuple. Il constitue un privilège d’expression libre du choix politique du peuple et donne la légitimité à un de ses enfants d’exercer, au nom de tout le peuple et pour son épanouissement intégral, le pouvoir.
Nous, vos Archevêques et Évêques Catholiques de Guinée, convaincus que cette échéance électorale favorisera un véritable processus démocratique
dans notre pays, voulons partager avec vous quelques orientations pour une
campagne électorale – qui se déroule déjà – apaisée et un scrutin transparent
et crédible dont le résultat sera accepté de tous et de chacun.
I. Quatre années de Transition - Depuis le 05 septembre 2021, notre Nation est dans un processus de
Transition politique. Ce processus, depuis quatre ans, a conduit au
recensement des Guinéens et à l’adoption, le 21 septembre 2025, d’une
nouvelle Constitution. Nous reconnaissons le travail abattu, et nous félicitons
chacune et chacun pour cette maturité patriotique!
La Transition a connu aussi des réalisations en matière de développement du
pays, notamment dans le domaine des infrastructures hôtelières, scolaires,
sanitaires, routières et de loisir. Le mégaprojet « Simandou 2040 » lancé le
11 novembre 2025 fait espérer un avenir meilleur pour l’épanouissement
socio-économique et politique de tout le pays. - Nous avons également vécu, apprécié, et célébré plusieurs autres
<< acquis du CNRD », entre autres, l’organisation des assises nationales
dénommées « Journées de Vérité et de Pardon pour la Réconciliation », la
mise en route du système de santé universelle, qui pourrait un jour, nous
l’espérons, s’étendre à tous les Guinéens; le procès des malheureux
évènements du 28 septembre 2009, ainsi que les réparations y afférentes
actuellement en cours en faveur des victimes, auxquelles s’ajoutent également celles des déguerpis de Kaporo-Rail et de Kipe 2, ayant été
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recasés. Rappelons que les rues de nos villes ont enregistré moins de troubles et de désordres. Au Gouvernement et au CNRD nous exprimons toute notre reconnaissance et nos encouragements. - Pendant cette Transition, nous avons cependant vu naître en beaucoup de Guinéennes et Guinéens quelques angoisses. En effet, des partis politiques
ont été suspendus ou se sont vus exclus du processus électoral. Des kidnappings, des exécutions extrajudiciaires, la tragédie survenue au stade du 03 avril de N’Zérékoré, des restrictions imposées, notamment à certains médias privés, etc… ont entretenu un climat de méfiance et de peur dans le pays. - Chaque œuvre humaine a ses insuffisances, dit-on souvent. La perfection n’est pas de ce monde, nous le savons! Mais, avons-nous tenté pour autant d’éviter < les erreurs du passé >» ? Un Peuple se doit de protéger et de transmettre sans cesse à nouveau l’héritage d’histoire, de culture, de tradition
et de foi, qui est son patrimoine national propre, qui définit en quelque sorte
sa souveraineté et nourrit sa marche vers le progrès. Avons-nous travaillé au
renforcement des acquis de nos prédécesseurs ? En d’autres termes, avonsnous réussi à sauvegarder l’héritage légué par nos héros et martyrs d’hier? Où en sommes-nous aujourd’hui avec la conscience citoyenne, le pardon- réconciliation et l’unité nationale?
<< La Guinée est une Famille », dit-on souvent. Cet esprit est infus en chaque Guinéenne et Guinéen. En Afrique, lorsqu’une famille est inquiète, et que certains de ses éléments sont habilement enlevés pour une destination inconnue, par des inconnus, vers qui se tourne-t-on? A qui devons-nous aller? Ou bien, la Guinée comme Famille est-elle devenue orpheline? - Nous nous posons ces quelques questions et nous vous les posons, parce que nous, vos Archevêques et Évêques Catholiques, voudrions faire une proposition forte à la Guinée politique et à sa population: Priorité à l’amour du pays, au pardon-réconciliation et à l’unité nationale!
Cette proposition reflète notre aspiration à voir chaque citoyenne et citoyen, ainsi que l’État, s’investir dans la quête et la poursuite du respect de la
personne humaine, de l’intégrité territoriale, de la justice, de la paix dans un esprit de dialogue constructif, de l’inclusion et du pardon.
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II. Apprenez-nous à devenir citoyens - Déjà en 1998, la Conférence Épiscopale de Guinée affirmait : << La santé
démocratique d’une Nation se juge à la qualité de vie de ses populations, à
l’attention aux valeurs morales, au respect de l’éminente dignité de la
personne humaine et à l’exercice responsable et raisonnable de la liberté par chaque citoyen » (Cf. CEG Relire le sens d’un cheminement démocratique,
Conakry, 1998).
En concourant à l’élection présidentielle, Honorables Candidats, vous
manifestez votre volonté de servir dignement et honnêtement ce pays. Nous
saluons le courage de votre engagement. Votre volonté de vous présenter
pour œuvrer à l’instauration de la démocratie en Guinée est pour nous une
source de joie et d’espérance. Nous vous invitons à faire en sorte que votre
campagne ne soit pas un appel ou une incitation à la haine et à l’incivisme. - Dans votre concours à la Présidence, apprenez-nous à devenir de bons
citoyens! Apprenez-nous à aimer cette Terre ! Le civisme et l’amour sont en
même temps démocratiques. Et la démocratie, ce n’est pas la foule dans la
rue avec un comportement violent et destructeur. La démocratie, c’est
l’amour que l’ona pour son pays et ses habitants. La démocratie, ce sont les
hommes conscients, responsables qui prennent en main leur destin.
Nous avons la conviction que l’amour, l’unité nationale et le développement
de la Guinée resteront des sujets prioritaires de votre campagne. Acceptez
d’être des responsables représentatifs: vrais avec Dieu, vrais avec vousmêmes et vrais avec vos compatriotes (cf. Jn 15, 12-13). - Ne promettez pas au peuple de Guinée ce que, du fond de votre cœur,
vous n’allez jamais réaliser ou lui donner ! Cultivons et entretenons en lui la
civilisation de la vérité. La vérité est la source et la force de la cohésion
sociale et du développement. Elle rend libre et heureux (cf. Jn 8, 32).
Oui, par votre cohérence tout au long de la campagne, vous pouvez agir en
faveur de la vérité, du progrès, de l’unité et de la paix. Soyez des leaders
épris de justice sociale, capables de reconnaître et de promouvoir les
exigences du bien commun et de la dignité humaine. La contradiction
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politique est bien normale, mais il faut la faire avec un cœur qui sait
introduire la possibilité du dialogue comme une manière de construire et de
vivre heureux le civisme. - Et si vous profitiez de cette campagne pour offrir au peuple de Guinée
une vraie éducation de citoyenneté, de pardon-réconciliation et de l’unité
nationale ? - Tous, nous voulons une Guinée en croissance dans la paix et l’unité.
Même si nos programmes sont différents, nous espérons un pays rayonnant.
Nous vous invitons donc à bannir les discours de haine qui peuvent conduire
l’ensemble du peuple dans la violence. Nous vous le demandons au nom de
votre foi en Dieu: refusez tout comportement qui diaboliserait certaines
ethnies et en ferait des cibles de haine et de mépris par d’autres ethnies.
La Guinée est un patrimoine commun. Ce trésor national appartient à des
cultures et à des peuples particuliers dont on ne peut faire fi. C’est ça qui fait
sa richesse! Battez-vous sur le terrain de l’unité, de la souveraineté
nationale, du respect de l’adversaire et vous gagnerez la compétition de l’élection! - Honorables Candidats, les Guinéennes et les Guinéens attendent
beaucoup de vous, de votre volonté de protéger et de respecter toute vie humaine. Ayez l’audace du sacrifice pour notre pays (cf. Jn 10, 8-15).
La perspective de l’élection ne doit pas nous faire perdre de vue les valeurs
fondatrices de notre nation à savoir la dignité, le travail, la justice, la solidarité, la paix. La Guinée n’est pas sans repères. C’est pourquoi nous saluons l’initiative du Gouvernement d’avoir mis en chantier la rédaction de
l’Histoire Générale de la Guinée. - Nous tous qui participerons, comme citoyens conscients à cette élection, gardons aussi le souci de l’unité et de l’amour dans nos
conversations et sur les réseaux sociaux. Aidons les candidats à nous offrir
un débat à la hauteur des urgences et défis de notre Nation.
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III. Une élection apaisée - Il n’y a pas de droit sans devoir. Nous avons tous des droits, droit de
vivre heureux et épanouis dans ce pays. Nous avons également des devoirs.
Notre premier devoir est d’aimer cette Terre. Cette vérité met en vive lumière
l’actualité de la parole d’un des dignes fils d’Afrique: saint Augustin, Évêque d’Hippone (actuelle Algérie) qui disait : « Aime et fais ce que tu
veux ». Car l’amour, nous le savons tous, ne fait rien de mal. Vos Pasteurs
peuvent l’appliquer à chacun de nous : « Guinéen, aime ton pays, et fait ce
que tu veux ».
N’est-ce pas que « la Guinée est une famille » ? Seulement, il ne faut pas utiliser le mot et la réalité qu’il exprime comme bouclier pour faire ce qui est
contre l’esprit familial, c’est-à-dire la division, le caïnisme (Gn 4), la médisance, l’exclusion, la misère, le kidnapping, etc. - L’histoire ancienne et contemporaine de notre pays nous interpelle. La
Guinée ne mérite pas d’être parmi les pays pauvres ! Le temps est venu de
nous mettre debout, d’avancer vers la modernisation et le progrès, d’aller
voter pour confier la gestion de notre terre à son digne fils ou fille.
Notre pays, en effet, ne deviendra <« paradis » que si la gestion de sa destinée
est confiée à celui, à celle qui l’aime et porte dans son cœur toute la félicité.
Peu importe l’appartenance religieuse et la provenance ethnique de celui ou
de celle qui sera élu. Le pays a besoin d’un de ses honnêtes enfants pour
l’aider à grandir en humanité et à s’épanouir dans la paix. - Nous, vos Archevêques et Évêques Catholiques, invitons chacune et
chacun à conserver sa carte d’électeur, et à sortir massivement le 28
décembre 2025, pour s’acquitter dignement et honnêtement de son devoir de
citoyen.
En famille, à l’Église et à la Mosquée, nous recommandons à tous les
Guinéens « des prières, des actions de grâces pour tous les dépositaires de
l’autorité >» politique et administrative de notre pays (cf. 1Tim 2, 1-2).
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Demandons à Dieu de renouveler nos mentalités et de nous donner la force nécessaire pour protéger les biens venus de sa bonté.
Ensemble, allons choisir le Président de la République, notre Président !
Que Dieu vous bénisse et protège notre cher pays, la Guinée !
Donné à Conakry, le 13 décembre 2025,
Vos Archevêques et Évêques de l’Église Catholique en Guinée :
S. E. Mgr Vincent COULIBALY
Archevêque Métropolitain de Conakry,
S. E. Mgr François SYLLA
Archevêque coadjuteur de Conakry,
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S. E. Mgr Raphaël Balla GUILAVOGULP1SCOs CE
Évêque de N’Zérékoré,
FERENO
PRESIDENT
Évêque de Kankan et Président de la Conférence Episcopale de Guinée,
S.E. Mgr Norbert Tamba SANDOUNO
Évêque de Gueckédou
S.E. Mgr Moïse TINGUIANO
Évêque de Boké et Vice-président de la Conférence Épiscopale de Guinée.
Secrétariat Général: BP. 2016 Conakry, République de Guinée. Tél. : (00224) 613 252 819 / 624 299 753 E-mail : con feren ceepiscopale@gmail.com
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