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Réunis au sein de l’initiative Sahel pour la paix, les leaders religieux et traditionnels du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Mali et du Niger ont réaffirmé leur engagement à collaborer avec toutes les personnes de bonne volonté pour que cessent les violences dans la région et que leurs causes profondes soient éradiquées. Les représentants des confessions religieuses et des apaprtenances traditionnelles espèrent «ouvrir les portes» où l’administration «peine à atteindre».

Fabrice Bagendekere, SJ – Cité du Vatican

Le message cosigné par le Cardinal Philipe Ouédraogo, archevêque émérite de Ouagadougou au Burkina Faso, s’adresse à toutes les personnes et instances pouvant contribuer à l’avènement de la paix et la cohésion sociale au Sahel «par l’action collective». Les leaders religieux et traditionnels des 5 pays lancent tout d’abord un appel aux auteurs des massacres perpétrées dans la région, à mettre fin à leurs attaques «au nom du respect de la vie qui est un don sacré de Dieu dont personne ne saurait disposer, quels que soient son ressenti, son ambition, son appartenance ethnique, culturelle, politique ou religieuse». De même, aux populations victimes de ces violences, et de façon particulière les personnes qui en gardent des séquelles, les pères spirituels et coutumiers du Sahel exhortent à prendre courage, à rester digne, «sans céder ni à la haine ni à la vergence», malgré l’adversité et tous les facteurs qui incitent au désespoir.

La question du Sahel requiert la contribution de tous

Les leaders religieux et traditionnels réaffirment par ailleurs leur engagement à collaborer avec toutes les personnes de bonne volonté pour que cessent toutes les formes de violence dans le Sahel et que leurs causes profondes soient éradiquées. Sur ce, ils sollicitent l’engagement et la contribution de tous. Aux pouvoirs publics, les représentants des confessions religieuses et des communautés traditionnelles demandent de faire de la protection des populations et leur «développement humain intégral», «la priorité absolue» de leurs actions gouvernementales. Ils soulignent par ailleurs la nécessité de renforcer la coopération transfrontalière et régionale pour faire face à cette crise sécuritaire, car, écrivent-ils, «aucun pays n’est suffisamment fort pour y faire face tout seul». 

Jouer un rôle positif dans la reconfiguration de la région

Aux acteurs internationaux, les leaders religieux et traditionnels du Sahel exhortent à «jouer un rôle positif dans la reconfiguration géopolitique actuelle du monde» et de la région, en respectant notamment «le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs ressources naturelles locales pour leur propre développement». Ils invitent par ailleurs les protagonistes internationaux à soutenir les États face aux défis transnationaux, en mettant fin à la prolifération des armes qui alimentent les conflits en cours, mais également en résiliant les accords qui plombent le développement des pays. Quant aux partenaires techniques et financiers, les représentants des confessions religieuses et des appartenances traditionnelles du Sahel invitent à soutenir toutes les initiatives de paix, en appuyant les démarches de prévention, de cohésion sociale, de médiation et de reconstruction de la confiance au plan local et international.

User de l’autorité morale pour susciter des attitudes de non-violence

Quant aux communautés coutumières et religieuses locales, les représentants des confessions religieuses et appartenances traditionnelles des cinq pays demandent d’user de leur autorité morale pour éduquer au respect de la dignité humaine et la préservation de la liberté religieuse; à promouvoir le dialogue interreligieux fondé sur la bienveillance; et à rechercher la paix par la compréhension mutuelle, la prière, les discours et les actes empreints de respect et orientés vers la recherche du bien commun.

A toutes les autres organisations locales et communautaires, les leaders religieux et traditionnels exhortent à «prendre davantage conscience de leur rôle de veille», les encourageant à «prendre précocement soin des situations de détresse» et à gader allumée «la lampe de l’espérance là où beaucoup ne voient pas d’issue».

L’appui de l’autorité morale à l’autorité administrative

La crise sécuritaire du Sahel dure de plus d’une décennie. Initialement circonscrite au Burkina Faso, au Mali et au Niger, elle s’étend aujourd’hui sur les pays côtiers du Golfe de Guinée, exposant des régions jusque-là stables à de nouvelles formes de violence. Dans le Sahel central en particulier, cette crise se traduit par de graves atteintes aux personnes et à leurs biens, notamment des assassinats ciblés et enlèvements, la fermeture de nombreuses écoles et services de santé, la destruction de milliers de foyers, ainsi que des déplacements massifs de populations.  

Face à la complexité de cette situation, l’initiative du Sahel pour la paix, un instrument au service de la paix dans les pays du Sahel et en Afrique de l’Ouest, demande à être soutenu afin de «porter d’autres intitiatives et mobiliser les leaders religieux et coutumiers pour des actions collectives en faveur du bien commun». Ceci se fonde sur la conviction que là où la légitimité administrative «peine à atteindre les cœurs», l’autorité morale peut «ouvrir des portes».

Père Paul DAH