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Léon XIV a reçu en audience les députés du Parti populaire européen, samedi 25 avril 2026.

Pape

Léon XIV: être chrétien en politique, c’est défendre la liberté

En recevant les élus du Parti populaire européen ce samedi matin au Vatican à l’occasion du 50e anniversaire du mouvement, le Pape Léon XIV offre sa vision de l’engagement du chrétien en politique: œuvrer à la collaboration active, à la construction du bien commun, éviter les écueils de l’idéologie et défendre une liberté «ancrée dans la vérité».

Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican

Léon XIV reprend le flambeau de ses prédécesseurs en recevant samedi matin au Vatican les eurodéputés du Parti populaire européen (PPE). Le mouvement, qui rassemble au sein d’un groupe parlementaire au Parlement européen 185 élus des partis du centre, de centre droit et de droite d’inspiration démocrate chrétienne et libérale-conservatrice des 27 pays de l’Union européenne, s’inspire des pères fondateurs de l’Europe, parmi lesquels Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi.

Idéal et idéologie

L’Europe, née «des cendres de la Seconde Guerre mondiale» pour «forger une collaboration qui mettrait fin à des siècles de division», figure donc au centre du discours que le Pape adresse à ces parlementaires européens. «Les Pères fondateurs, guidés par leur foi personnelle, considéraient les principes chrétiens comme un facteur commun et unificateur, susceptible de contribuer à enrayer l’esprit revanchard et conflictuel qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale», rappelle le Souverain pontife qui poursuit sur la mission politique comme «la forme la plus élevée de charité», dans la mesure où elle vise la construction du bien commun. «La tâche première de toute action politique est d’offrir un horizon idéal, car la politique exige une vision large de l’avenir, sans craindre, lorsque l’intérêt général l’exige, de faire des choix difficiles, voire impopulaires», soutient le Pape, mettant en garde contre les dérives idéologiques: «Poursuivre un idéal ne signifie toutefois pas exalter une idéologie. Cette dernière, en effet, est toujours le fruit d’une mystification et d’une violation de la réalité. Toute idéologie déforme les idées et asservit l’humanité à son propre agenda, étouffant ses véritables aspirations, son désir de liberté, de bonheur et de bien-être personnel et social.»

Peuple et élus

Contre le désintéressement observé d’une partie des citoyens de la chose publique, qui les éloigne progressivement de leur responsabilité d’électeur, Léon XIV observe la nécessité d’opérer un rapprochement entre le peuple et ses représentants. «Un des problèmes auxquels la politique est confrontée ces dernières années est le déclin constant de l’harmonie», précisément entre élus et électeurs. Le Pape invite les parlementaires à «être présent auprès du peuple et l’associer au processus politique», et ajoute: «Un tissu social, un lien personnel entre citoyens et élus, doit être recréé pour répondre efficacement aux problèmes concrets des citoyens, dans une perspective d’idéal.» Il apparaît nécessaire de «reconquérir le cœur des citoyens en allant à leur rencontre et en reconstruisant un réseau de relations locales, afin que chacun se sente partie intégrante d’une communauté et puisse participer à son destin». Et pour Léon XIV, «c’est peut-être là le véritable antidote à une politique souvent bruyante, fondée uniquement sur des slogans, incapable de répondre aux besoins réels des citoyens», car «être présent auprès du peuple et l’associer au processus politique est le meilleur remède aux populismes qui ne recherchent qu’un consensus facile et aux élitismes qui tendent à agir sans consensus: deux tendances répandues dans le paysage politique actuel.»

Chrétien en politique

S’adressant à un mouvement qui reconnait l’héritage chrétien de l’Europe, Léon XIV s’arrête sur le rôle des chrétiens: «être chrétien en politique ne signifie pas se conformer à une religion dogmatique, mais plutôt laisser l’Évangile éclairer les décisions à prendre, même celles qui ne semblent pas faire l’unanimité.» Ainsi, l’engagement du chrétien doit, par exemple, permettre de «promouvoir des conditions de travail dignes, favorisant l’ingéniosité et la créativité face à un marché du travail de plus en plus déshumanisant et insatisfaisant». Agir dans ce sens, aboutira à «dépasser la peur, apparemment très européenne, de fonder une famille et d’avoir des enfants», et permettra aussi «de nous attaquer aux causes profondes des migrations, en prenant soin de ceux qui souffrent, mais aussi en tenant compte des réelles possibilités d’accueil et d’intégration des migrants dans la société», estime l’évêque de Rome.

Si la dénatalité et les migrations sont deux grands défis à relever, ils ne sont pas les seuls. Le Pape cite la sauvegarde de la création et l’intelligence artificielle qui «offre de formidables opportunités», mais qui «est aussi semée d’embûches». Être chrétien en politique, termine Léon XIV, c’est investir dans la liberté «ancrée dans la vérité, qui protège la liberté religieuse, la liberté de pensée et la liberté de conscience en tout lieu et pour toute condition humaine».

Père Paul DAH
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