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Par Jude Atemanke

Kinshasa, 04 août, 2026 / 10:47 (ACI Africa).

Le Président du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) a appelé les liturgistes africains à renouveler leur engagement en faveur de l’inculturation liturgique, avertissant que le mouvement qui a autrefois transformé la vie liturgique de l’Église sur le continent perd de son élan et doit être revitalisé en vue de l’Assemblée ecclésiale de 2028.

Dans un message présenté à l’ouverture du deuxième Congrès international des liturgistes africains, le dimanche 2 août, dans l’Archidiocèse catholique de Dar es Salaam, en Tanzanie, le Cardinal Fridolin Ambongo est revenu sur les acquis et les défis de l’inculturation liturgique en Afrique.

Organisé par la Consociatio Liturgica Africana (C.L.A.), le Congrès, qui se tient du 2 au 9 août, réunit des évêques, des prêtres, des religieux et religieuses ainsi que des experts laïcs venus de toute l’Afrique autour du thème : « L’inculturation en Afrique : passé, présent et avenir ».

Cette rencontre s’inscrit dans la continuité du premier Congrès organisé à Dakar, au Sénégal, en décembre 2023.

Dans son message, lu lors de la cérémonie d’ouverture, le Cardinal Ambongo a salué l’œuvre pionnière du Cardinal Joseph-Albert Malula, ancien Archevêque de Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), de feu Mgr Denis Eugene Hurley, Archevêque émérite de Durban en Afrique du Sud, ainsi que du Cardinal Bernardin Gantin, ancien Archevêque de Cotonou au Bénin.

Il a souligné que leurs efforts ont jeté les bases de l’inculturation liturgique sur le continent et ont largement contribué au développement du Rite zaïrois.

L’Archevêque de Kinshasa a toutefois constaté que l’élan qui caractérisait ce mouvement dans les années 1970 et 1980 s’est progressivement essoufflé.

Il a relevé que, tandis que certaines communautés chrétiennes ont eu recours à des improvisations liturgiques, d’autres sont restées éloignées de leur propre héritage culturel.

« Ce qui fut jadis un mouvement ecclésial dynamique risque de n’être plus qu’un souvenir », a averti le Cardinal Ambongo.

Pour inverser cette tendance, le Président du SCEAM a proposé cinq engagements qui, selon lui, devraient orienter l’avenir de l’inculturation liturgique en Afrique.

Il a appelé à une inculturation solidement enracinée dans la Sainte Écriture et la Tradition de l’Église, à un renforcement de la formation liturgique à tous les niveaux de la vie ecclésiale, à un approfondissement de la recherche interdisciplinaire, à une plus grande vigilance pastorale face aux abus et aux dérives liturgiques, ainsi qu’à la reconnaissance que l’inculturation est une mission confiée à l’ensemble du Peuple de Dieu.

Le Cardinal Ambongo a inscrit ce Congrès dans le cadre de la Vision 2025-2050 du SCEAM, le présentant comme une étape importante dans la préparation de l’Église en Afrique à l’Assemblée ecclésiale de 2028.

Le Cardinal congolais de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins (OFM Cap.) devait rejoindre les participants à Dar es Salaam avant de se rendre à Addis-Abeba, en Éthiopie, pour le Séminaire continental sur la synodalité.

Les participants au Congrès ont également médité sur un message adressé par le Cardinal Arthur Roche, Préfet du Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, qui les a encouragés à poursuivre une authentique inculturation liturgique tout en demeurant fidèles au Rite romain.

Dans son message daté du 29 juin, en la Solennité des Saints Pierre et Paul, le Cardinal Roche a fondé sa réflexion sur le mystère de l’Incarnation et a cité l’instruction du Vatican Varietates legitimae, soulignant que l’inculturation ne crée pas une nouvelle famille rituelle, mais introduit des adaptations légitimes qui demeurent partie intégrante du Rite romain.

Il s’est également référé à l’enseignement du Pape Léon XIV, qui a mis en garde contre toute identification d’une culture à la Révélation divine ou toute réduction de l’inculturation à un simple accommodement culturel.

Selon le Cardinal Roche, une authentique inculturation est « une transformation profonde qui s’opère presque par osmose » lorsque le mystère de l’Église rencontre une culture qui lui était auparavant étrangère.

Il a présenté l’Afrique comme un terrain particulièrement fertile pour une vie liturgique dynamique en raison de la place centrale qu’occupent la communauté, le corps humain et le sens du sacré dans les sociétés africaines.

Le Cardinal du Vatican a encouragé les participants à poursuivre l’étude de Varietates legitimae parallèlement aux précédents historiques de l’inculturation, notamment la rencontre du christianisme avec la civilisation grecque et l’expérience missionnaire du jésuite Matteo Ricci.

En ouvrant le Congrès, le Père Olivier-Marie Sarr, Abbé du Monastère bénédictin de Keur Moussa, au Sénégal, et Coordinateur de la Consociatio Liturgica Africana, a présenté cette rencontre comme la poursuite du chemin entrepris à Dakar.

Il a défini l’inculturation comme « le processus par lequel l’Évangile, planté dans le sol africain, grandit en un arbre à la fois pleinement catholique et authentiquement africain ».

Le Père Sarr a remercié la Conférence épiscopale de Tanzanie d’accueillir l’événement, rendant un hommage particulier à Mgr Simon Masondole, Évêque du diocèse de Bunda, ainsi qu’au Père Clément Aloyce Kihiyo, Directeur du Département de la liturgie de cette Conférence, pour leur leadership dans l’organisation du Congrès.

Il a également salué les membres du comité scientifique originaires de Côte d’Ivoire, d’Angola, de la République démocratique du Congo, du Mali, du Nigeria et du Kenya pour leur travail de préparation de cette rencontre d’une semaine.

Qualifiant ce rassemblement de « printemps liturgique africain », le Père Sarr a déclaré que ce Congrès offre à l’Église en Afrique l’occasion d’approfondir sa réflexion sur la manière dont l’Évangile peut continuer à s’enraciner dans les riches traditions culturelles du continent tout en demeurant en pleine communion avec l’Église universelle.

Le Congrès a débuté par des réflexions consacrées à la musique, à la danse et à l’architecture liturgiques et devrait se poursuivre jusqu’au 9 août, avant que les participants ne regagnent leurs diocèses respectifs pour mettre en œuvre les recommandations issues de cette rencontre.

Père Paul DAH