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Dans sa réflexion publiée mardi 5 mai, le père Peter Konteh met en avant ce qu’il qualifie de « nombreux conflits armés internes » dans certains pays de la région, insistant sur la nécessité d’un leadership au service des autres qui transcende le simple contrôle des populations.

« Notre région a besoin de guérison, de confiance et d’un leadership courageux ancré dans le service du peuple plutôt que dans le contrôle du peuple. Ce n’est qu’alors que l’Afrique de l’Ouest pourra passer de l’instabilité à une paix durable, au développement et à la dignité humaine pour les générations futures », déclare le père Konteh.

Il observe que l’Afrique de l’Ouest « traverse l’un des moments les plus délicats et les plus incertains de son histoire moderne », soulignant l’instabilité politique croissante, le déclin démocratique, l’insécurité et la frustration sociale grandissante.

« Le retour des coups d’État militaires dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger a créé ce que beaucoup décrivent désormais comme une “ceinture des coups d’État” dans la région du Sahel », note-t-il, ajoutant que ces développements continuent d’affaiblir la coopération régionale et la gouvernance démocratique.

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En réfléchissant au passé de la région, le père Konteh explique que l’Afrique de l’Ouest avait auparavant enduré « de nombreux conflits armés internes et des guerres civiles dévastatrices » qui ont laissé de profondes cicatrices sociales et économiques, mais que les premières années du nouveau millénaire avaient apporté un regain d’espoir.

« Nous avons assisté à une diminution des guerres civiles à grande échelle, à une augmentation des transitions démocratiques, de la gouvernance constitutionnelle et des efforts régionaux de consolidation de la paix. C’était un nouveau chapitre de stabilisation politique et de progrès », dit-il.

Il met en garde contre le fait que « malheureusement, ces progrès sont aujourd’hui gravement menacés », citant la propagation de l’extrémisme violent et des insurrections djihadistes à travers le Sahel, ainsi que les violences liées aux élections, les tensions ethniques, le crime organisé, le trafic de drogue, la piraterie maritime et l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Le clergé de l’archidiocèse catholique de Freetown, en Sierra Leone, souligne également l’aggravation des maux sociaux, notamment la corruption et la faiblesse des structures de gouvernance, qui, selon lui, ne cessent d’alimenter la frustration et la méfiance du public.

Le père Konteh exprime en outre une inquiétude particulière concernant les jeunes de la région, notant que beaucoup se sentent exclus de la gouvernance et des opportunités économiques.

« Le chômage, les pressions migratoires, la mauvaise gestion des terres et la concurrence pour les ressources naturelles alimentent les tensions et l’instabilité », dit-il, avertissant que « la pauvreté et le désespoir sont devenus un terrain fertile pour la manipulation, la violence et l’extrémisme ».

Malgré ces défis, ce prêtre sierra-léonais plusieurs fois récompensé souligne que l’Afrique de l’Ouest « ne manque pas de potentiel », décrivant la région comme riche en ressources humaines et naturelles.

« Nous avons la chance d’avoir une jeunesse dynamique, des cultures vivantes, des ressources abondantes et un peuple résilient », dit-il, tout en mettant en garde contre le fait que sans un leadership responsable, la justice sociale et une gouvernance inclusive, ces atouts risquent de se transformer en sources de conflit plutôt qu’en moteurs de développement.

Dans sa réflexion du 5 mai, le prêtre catholique sierra-léonais appelle en outre à un changement de priorités, affirmant : « Nous devons faire passer le bien commun avant l’ambition politique, les intérêts personnels et les divisions ethniques. »

Il poursuit en expliquant : « La démocratie doit se vivre au-delà des élections et se traduire par la transparence, la justice, la dignité humaine et l’égalité des chances pour tous. »

Le père Konteh souligne que l’avenir de l’Afrique de l’Ouest ne dépend pas seulement des gouvernements et des institutions, mais aussi des citoyens engagés dans la consolidation de la paix.

« L’avenir de notre région dépend de notre volonté collective de défendre la paix, le dialogue, l’unité et un leadership responsable », déclare-t-il dans sa réflexion.

Père Paul DAH