Les évêques catholiques du Ghana ont invité de jeunes créateurs de contenu catholiques à utiliser les plateformes de médias sociaux pour contrer les récits extrémistes violents et promouvoir la coexistence pacifique en Afrique de l’Ouest.
Dans un appel à manifestations d’intérêt (Expression of Interest – EoI) publié le mercredi 20 mai, la Conférence des évêques catholiques du Ghana (GCBC) a invité les jeunes actifs sur TikTok, X, YouTube, Facebook et Instagram à postuler pour cette initiative dans le cadre de l’Initiative pour la paix au Sahel (Sahel Peace Initiative – SPI), un programme régional de consolidation de la paix lancé en 2019.
La SPI réunit les conférences épiscopales du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger et du Ghana dans des efforts visant à promouvoir la cohésion sociale, le développement humain intégral et une paix durable dans la région.
Dans cet appel, les évêques catholiques du Ghana ont déclaré rechercher de jeunes personnes dotées de « la créativité, de l’influence et de l’engagement pour inspirer un changement positif ».
Selon l’EoI, les participants sélectionnés devront contribuer à la création de contenus numériques promouvant la paix, la tolérance et l’unité nationale dans une région de plus en plus touchée par l’extrémisme violent.
L’initiative prévoit l’utilisation de formats tels que de courtes vidéos, des récits (storytelling), des infographies et des messages de pair à pair destinés aux jeunes utilisateurs des réseaux sociaux.
Pour être éligibles, les candidats doivent être des jeunes Ghanéens âgés de 18 à 35 ans, disposer d’une présence active sur les réseaux sociaux avec au moins 5 000 abonnés, et démontrer une capacité à produire du contenu numérique engageant.
Les évêques catholiques encouragent les jeunes femmes et les jeunes catholiques à postuler, en précisant que les participants doivent également faire preuve d’un engagement en faveur de la consolidation de la paix et du bien-être communautaire.
« Soyez la voix de la paix. Utilisez votre plateforme pour façonner un avenir plus sûr et plus uni », ont déclaré les membres de la GCBC.
Ils estiment que la communication entre pairs reste l’un des moyens les plus efficaces pour influencer les perceptions et contrer les récits nuisibles parmi les jeunes.
Les responsables de l’Église catholique soulignent également que les contenus créés par les jeunes ont plus de chances d’être jugés dignes de confiance, partagés et commentés par leurs pairs, ce qui en fait un outil efficace contre la propagande extrémiste.
Selon l’EoI du 20 mai, les pays côtiers bordant le Sahel, dont le Ghana, sont de plus en plus exposés aux effets de débordement des activités extrémistes dans la région.
« Au Ghana, les récits extrémistes violents se propagent de plus en plus via les plateformes numériques telles que TikTok, Facebook et X, posant un risque croissant pour les jeunes », indiquent les évêques catholiques.
Ils citent également de récentes arrestations liées à des contenus en ligne incendiaires visant des responsables publics, des journalistes et des infrastructures publiques.
« Certains de ces suspects menacent de tuer des responsables publics, des membres de la magistrature et des journalistes, appellent à incendier des marchés et incitent à la violence contre des personnalités publiques », ont-ils ajouté, précisant : « En fait, un jeune a osé produire une vidéo TikTok menaçant la vie du président et de son épouse. »
Les membres de la GCBC affirment que cette initiative vise à mobiliser la « créativité, la maîtrise du numérique et l’influence » des jeunes afin de développer des contre-discours promouvant la paix, la tolérance et la résilience.
L’effort régional pour la paix a été remis en lumière lors d’un forum tenu du 26 au 27 mars à Bamako, au Mali, sous le thème : « La paix au Sahel et en Afrique de l’Ouest : un appel des leaders religieux et traditionnels à la cohésion sociale par l’action collective ».
Ce forum a été organisé par la branche humanitaire de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), Catholic Relief Services (CRS).
S’exprimant lors de cette rencontre, Mgr Alexandre Yikyi Bazié, président de la SPI et évêque auxiliaire du diocèse de Koudougou au Burkina Faso, est revenu sur les origines de l’initiative.
« En novembre 2019, les évêques ont refusé de détourner le regard face aux villages brûlés, aux femmes fuyant avec leurs enfants sur le dos et à la violence de l’extrémisme… C’est de ce refus qu’est née la SPI », a déclaré Mgr Bazié.
L’évêque catholique burkinabè a indiqué que l’initiative s’est depuis étendue à toute la région, touchant plus de 240 000 bénéficiaires directs dans cinq pays à travers des programmes de consolidation de la paix, des initiatives d’autonomisation économique des femmes, une assistance humanitaire aux personnes déplacées et des efforts de réconciliation impliquant les leaders communautaires.
« Investir dans la paix au Sahel et en Afrique de l’Ouest, c’est investir dans la stabilité, la sérénité et le bonheur de tout un peuple », a conclu Mgr Bazié lors du forum des 26 et 27 mars.


