Pendant une semaine, la capitale économique ivoirienne s’est transformée en véritable carrefour de la charité chrétienne. Du 16 au 21 mars, évêques, cardinaux, responsables ecclésiaux et partenaires venus de 46 pays ont célébré les vingt ans de l’encyclique Deus Caritas Est et réfléchi aux défis de l’action caritative de l’Église en Afrique. La rencontre s’est conclue par une messe solennelle à la cathédrale Saint-Paul, présidée par Mgr Bruno Yedoh. Dans son homélie, il a rappelé que « la charité n’est pas un supplément d’âme pour l’Église, mais son identité profonde », invitant les fidèles à traduire leur foi en gestes concrets au service des plus vulnérables. Une conférence continentale sous le signe de la communion

Placée sous le thème « 20 ans de Deus Caritas Est : Caritas comme catalyseur d’amour, de service et de transformation sociale en Afrique », la rencontre a rassemblé une mosaïque d’acteurs : prélats, religieux, laïcs engagés et partenaires du développement. Tous ont répondu à l’appel de Caritas Africa pour revisiter le sens de la charité dans un continent en pleine mutation sociale, économique et politique.
Cette étape s’inscrit dans une dynamique déjà amorcée à Mumemo (2010), Kinshasa (2012) et Dakar (2017). À Abidjan, il s’agissait moins de repartir de zéro que de consolider un cheminement collectif.
La charité, cœur battant de l’Église
Les débats ont revisité trois textes majeurs du magistère : Deus Caritas Est (2005), Intima Ecclesiae Natura (2012) et Dilexi Te (2025). Ensemble, ils affirment une conviction claire : la charité est constitutive de l’Église, au même titre que l’annonce de l’Évangile et la célébration des sacrements.
Dans leur déclaration finale, les participants ont insisté : « Caritas n’est pas une mission optionnelle ». Elle est l’expression visible de l’amour de Dieu, particulièrement auprès des pauvres, considérés comme « la chair même du Christ ».

Un diagnostic lucide sur l’Afrique
Les travaux ont dressé un constat sans détour : malgré ses richesses et la vitalité de sa jeunesse, l’Afrique reste marquée par des inégalités criantes, des conflits persistants et des systèmes de corruption fragilisant les sociétés. À cela s’ajoute la baisse des financements humanitaires internationaux, contrastant avec l’augmentation des dépenses militaires mondiales.
Dans ce contexte, Caritas est appelée à dépasser la logique de l’urgence pour devenir une force de transformation sociale et une voix prophétique face aux injustices.
Dix engagements pour l’avenir
Au terme des délibérations, les participants ont adopté une série d’engagements structurants :
- Réaffirmer l’identité ecclésiale de Caritas ;
- Renforcer la gouvernance et la transparence ;
- Promouvoir la participation active des pauvres ;
- Développer une culture synodale fondée sur l’écoute ;
- Investir dans une formation intégrale ;
- Construire une autonomie financière locale ;
- Intensifier le plaidoyer contre les injustices ;
- Encourager le leadership des femmes et des jeunes ;
- Consolider la solidarité entre Caritas africaines ;
- Intégrer le soin de la création dans toutes les actions.
Un accent particulier a été mis sur la responsabilité personnelle des évêques dans le service de la charité, mission jugée non délégable.

Une Église en actes
Au moment de refermer les travaux, un message fort s’est imposé : l’amour chrétien ne peut se limiter aux intentions. Il doit se traduire en actions concrètes, capables de transformer les vies et les structures.
Dans une Afrique en quête de justice et de dignité, Caritas apparaît comme un levier essentiel de changement, portée par une foi vivante et un engagement renouvelé.
La conférence d’Abidjan s’achève ainsi sur une note d’espérance : l’Église en Afrique possède en elle-même les ressources spirituelles, humaines et culturelles pour relever les défis de son temps.
Et comme un fil conducteur biblique, l’appel résonne encore : « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité ».


